Vidéosurveillance : aucune réduction de la délinquance, ni à Bondy ni ailleurs

Nous reprenons cet article du site Expression93, à retrouver en cliquant ICI

La vidéosurveillance [1] s’est considérablement développée depuis les années 1960 avec pour objectifs affichés, la prévention et la dissuasion de certaines délinquances. Pourtant, l’impact de ces dispositifs n’avait jamais fait l’objet d’études scientifiques fiables et indépendantes.

Des « méta-analyses » conduites en Angleterre, Etats-Unis et Australie et détaillées dans un article du magazine « Pour la science » (édition française de Scientific American) démontrent désormais que « la vidéosurveillance ne fait pas baisser la délinquance ».


Signalons au passage que la France est sévèrement critiquée pour l’absence totale d’étude scientifique rigoureuse sur le sujet. La seule étude nationale a été commandée par le ministère de l’intérieur à l’inspection générale de l’administration sous autorité ... du ministre de l’intérieur (!) et « la lettre de mission exigeait des hauts fonctionnaires qu’ils prouvent que le ministère avait fait le bon choix en investissant massivement dans la vidéosurveillance ».

Et à BONDY ?...

Bondy ne déroge pas à cette triste mode inutile, dangereuse pour les libertés individuelle et sans aucun fondement rationnel.

C’est le décidément très instructif rapport de la cour régionale des comptes d’Ile de France dédié à la gestion de la commune de Bondy qui aborde le sujet dans ses pages 39 à 41 :

La mission et les responsabilités des deux agents administratifs du service de la police municipale affectés à la visualisation des images du système de vidéosurveillance, ainsi que les procédures utilisées, ne sont pas formalisées. Le fait que deux agents seulement soient affectés au visionnage pose question quant à la permanence du visionnage des images (en période de congés, d’absence pour maladie etc.). La municipalité transfère les images de son système de vidéosurveillance aux services de l’Etat au moyen de la technologie WI-FI [2].

Aucune procédure spécifique n’a été mise en place pour garantir aux personnes la possibilité d’accéder aux images les concernant. Bondy a acquis son système de vidéosurveillance pour un montant de 107 483 €. Le coût d’exploitation annuel du système s’établit à 62 725 €, soit un coût par caméra de 8 690 €.

Installé en juillet 2008, le système de vidéosurveillance, n’a pas, à ce jour, été évalué, pas plus que son impact sur les conditions d’intervention de la police municipale. La municipalité peut cependant préciser que depuis la mise en place de la vidéosurveillance, aucune intervention en flagrant délit ou interpellation n’a été opérée par la police municipale ; elle ignore ce qu’il en est pour la police nationale.

La municipalité n’est pas en mesure de déterminer si le système de vidéosurveillance a entraîné une baisse ou un déplacement des actes de délinquance ou d’incivilités. Malgré ce manque d’information, la municipalité a étendu en 2010 son dispositif à de nouvelles zones et porté son parc de caméras de vidéosurveillance à 20 unités. La chambre recommande à la ville, pour l’avenir, de réaliser une étude d’impact avant de réaliser des extensions de ce type de dispositif et ce, en raison des enjeux budgétaires qui s’y attachent.

Gilbert ROGER, maire de Bondy et promoteur intimement convaincu de l’intérêt (électoral ?...) de la vidéosurveillance a promis que l’évaluation de l’impact du dispositif complet serait diffusée prochainement aux élus municipaux.

Espérons qu’il n’imitera pas le fameux slogan de la française des jeux « 100% des gagnants ont tenté leur chance » en nous assénant fièrement que 100% des délits avaient bien été filmés.

Car s’il a été scientifiquement prouvé qu’elle est sans effet sur la délinquance de rue [3] ses contempteurs se réfugieront en affirmant tout aussi péremptoirement qu’elle augmente le taux d’élucidation.

Retrouver plus facilement des délinquants et des criminels pour les sanctionner, qui pourrait s’y opposer ? Mais alors ?... Alors pourquoi existe-t-il tant de gens opposés à la généralisation de tous ces dispositifs, toujours plus nombreux et insidieux, qui enregistrent nos actes quotidiens ?...

Tout simplement parce que cela porte atteinte à la liberté individuelle.

Moi ça me dérange pas, j’ai rien à me reprocher !

Et corolaire de cette réflexion simpliste qu’on entend malheureusement si souvent : ceux qui s’y opposent n’auraient-ils pas quelque chose à se reprocher ?

Revenons par exemple sur l’affaire de ce chat jeté dans une poubelle de Coventry.

Une dame caresse un chat dans la rue puis, prise d’on ne sait quel grain de folie, jette ce pauvre chat dans une poubelle. La séquence, filmée par une des 4 millions de caméras quadrillant le Royaume Uni, se retrouve sur Internet. Une pageest créée sur le site Internet Facebook et diffuse mondialement ce geste aussi cruel qu’absurde en titrant : « Mary Bale est la sale chienne qui a mis Lola le chat dans une poubelle. Elle devrait être arrêtée et punie pour cela. » Une autre encore appelle à « la mort pour Mary B. »

Si « la police locale a estimé que Mary B. n’avait pas commis d’infraction », cette dernière a pourtant reçu des menaces de mort et sa vie quotidienne est devenue un enfer.

Les médias se sont régalés de ce fait divers. Mais aucun d’eux ne s’est interrogé, encore moins offusqué que ces données aient été si facilement divulguées et que l’anonymat ait été si vite oublié. A méditer...

N’oublions pas que les démocraties sont fragiles. Un retour aux pires dictatures est toujours possible et ne relève pas du cauchemar. Imaginez Hitler ou Staline disposant des moyens technologiques actuels…

« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre » - Thomas Jefferson (1743 – 1826)

Notes

[1] Vidéosurveillance devenue vidéoprotection dans la novlangue sécuritaire de la LOPPSI 2, 22ème loi sur la sécurité intérieure depuis 2002

[2] Précisons aux non initiés que le Wi-Fi est une technologie de transmission de données assez peu sécurisée et particulièrement perméable aux intrusions.

[3] celle en col blanc étant beaucoup plus rarement évoquée alors qu’infiniment plus coûteuse pour la justice sociale...

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