Vidéosurveillance à outrance

La Grande-Bretagne est le pays le plus vidéosurveillé du monde. Mais à quoi ça sert, ces 4,2 millions de caméras qui guettent soixante millions de citoyens et décorent ses bâtiments et ses rues ? À pas grand-chose, selon l’inspecteur de police en chef Mike Neville, chargé de la section de vidéosurveillance chez la police londonienne.

Dans un rapport publié cette semaine, il affirme que les caméras ont aidé à résoudre 3 % des crimes dans la capitale et qu’elles n’ont même pas un effet préventif contre le crime. Le système est « un fiasco », dit l’inspecteur. Bien sûr, il réclame plus d’argent pour le rendre plus efficace.

On estime qu’il existe aujourd’hui une caméra de surveillance pour quatorze personnes en Grande-Bretagne. Si vous sortez dans Londres, les caméras vont vous enregistrer trois cents fois en une seule journée. Depuis dix ans, le ministère de l’Intérieur dépense 78 % de son budget anticrime sur la télésurveillance, un outil de plus en plus sophistiqué et de plus en plus cher.

Cela représente une bonne affaire pour les sociétés qui fournissent l’équipement, les autorités publiques et les entreprises et, de plus en plus, pour les particuliers. Michael Newton, de la société Anglo Design Holdings, pionnier des systèmes de surveillance, a été considéré en 2004 comme l’entrepreneur du pays ayant le mieux réussi du pays avec des bénéfices de plus de 30 millions d’euros par an. Maplin, qui vend des caméras à des particuliers, a annoncé une augmentation de ses ventes de 265 % dans ces cinq dernières années : à croire que c’est réconfortant de pouvoir surveiller ses voisins.

La Grande-Bretagne, société hypersurveillée, inquiète les mouvements des droits de l’homme. Doug Jewell, de Liberty, affirme d’ailleurs que, pour combattre le crime, une police de proximité et des mesures comme un meilleur éclairage des lieux publics peuvent être plus efficaces que la prolifération des caméras. La proposition controversée de Gordon Brown d’allonger à 42 jours (des 28 jours actuellement) la période maximale de garde à vue fait partie aussi de la société ultra sécuritaire…qui ne rend pas plus tranquilles les citoyens.

Peter Avis

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