Par Emmanuel Riondé

Une filiale d’Axa a récemment confirmé son retrait de l’actionariat d’Elbit Systems, une entreprise israélienne fabriquant des armes utilisées contre les Palestiniens, notamment des bombes au phosphore blanc. Une victoire pour l’ONG SumOfUs et la campagne Boycott désinvestissement sanction (BDS), qui appellent la compagnie d’assurance à mettre aussi un terme à ses liens avec les banques accusées de financer la colonisation. D’autres actions de boycott, y compris d’événements culturels, sont prévues, le tout dans un contexte où Benyamin Netanyahou envisage sans être inquiété l’annexion des colonies.

L’information a été révélée le 17 avril : Axa Investment Manager (Axa-IM), une filiale du groupe d’assurance français a cédé, fin 2018, l’ensemble de ses parts détenues dans le capital du fabriquant d’arme israélien Elbit Systems. Dans un communiqué de presse, l’ONG SumOfUs, fondée aux États-Unis et qui entend jouer un rôle de « contre-pouvoir » face aux grandes entreprises et aux multinationales, et la coalition Stop Axa assistance to Israeli apartheid « se félicitent » de cette décision survenue « suite à une année de campagne de pression citoyenne contre l’assureur français ».

Lancée en avril 2018 par SumOfUs, la pétition appelant Axa à « cesser de faire du profit sur la colonisation en Palestine » a été signé par plus de 140 000 personnes. Elle rappelle notamment que Elbit Systems produit et vend des armes à sous-munitions et des obus au phosphore blanc, utilisés à plusieurs reprises par l’armée israélienne lors de ses offensives dans la bande de Gaza.

« Se désengager de l’apartheid israélien »

Interrogé par Bastamag, le groupe Axa assure déployer « une des politiques d’investissement responsable les plus complètes et les plus avancées du secteur financier ». Et affirme que « dans le cadre de (sa) politique dédiée aux armes controversées », il a « pris la décision de désinvestir d’Elbit Systems lorsqu’ils ont acquis une société qui produit des armes à sous-munitions ». Le groupe ne reconnaît pas pour autant que ce désinvestissement est dû aux pressions de la campagne : un simple « groupe d’activistes » faisant « circuler des affirmations parcellaires voire mensongères », selon Axa.

Mais la coalition, qui réunit des comités de la campagne Boycott désinvestissement sanctions (BDS), qui cible la politique d’occupation menée par l’État israélien, et SumOfUs, n’entendent pas se laisser voler ce qu’elles considèrent comme une première victoire et poussent Axa à aller plus loin. Le 24 avril, une cinquantaine de personnes se sont ainsi rassemblées devant le palais des congrès à Paris où se tenait l’assemblée générale annuelle du groupe pour lui demander de « se désengager de l’apartheid israélien ».

Actionnaire des banques qui financent la colonisation

Si Axa-IM s’est bien débarrassée de ses parts dans Elbit Systems, il reste investit dans au moins trois banques israéliennes, qui « constituent l’épine dorsale des colonies de peuplement illégales par le biais des services financiers qu’elles fournissent », dénonce la campagne. Axa rétorque que ses « investissements dans les banques israéliennes n’ont absolument pas vocation à financer l’extension des territoires occupés ». Sauf que la réalité de l’implication des banques israéliennes dans la colonisation a été mise en exergue en mars 2017 dans un rapport intitulé « Les liaisons dangereuses des banques françaises avec la colonisation israélienne », réalisé par huit organisations [1] (voir notre article).

Ce schéma est également documenté avec précision dans un autre rapport publié en 2017 par l’ONG Who Profits qui travaille sur « l’industrie de l’occupation israélienne ». Dans le cas d’Axa-IM, les banques concernées sont Bank Hapoalim, Bank Leumi et Mizrahi Tefahot Bank. Par ailleurs, l’investissement d’Axa au sein d’acteurs de l’économie israélienne impliqués dans l’occupation passe aussi par Alliance Bernstein, une holding d’investissements au sein de laquelle Axa n’a plus la majorité du capital, mais où le groupe reste présent, avec 31% de parts encore détenues selon SumOfUs (contre 65 % auparavant). La holding reste quant à elle liée à Elbit Systems, et à certaines banques israéliennes.

« Ils prétendaient que nous mentions, tout en faisant savoir que leurs investissements étaient minimes »

Axa n’est pas la seule entreprise française impliquée directement ou indirectement dans l’économie de l’occupation israélienne. « Leur double implication dans les banques et dans Elbit Systems nous a cependant paru assez grave en terme de complicité pour que l’on mène une campagne, résume Imen Habib, animatrice de la campagne BDS France. Nous avons aussi été indignés par leurs réponses à nos interpellations. Ils prétendaient d’un côté que nous mentions tout en faisant savoir que leurs investissements étaient minimes, ce qui est pour le moins contradictoire... Par ailleurs, ils nous ont d’abord expliqué que Elbit Systems ne rentrait pas dans leurs critères d’armes controversées. Or, Elbit Systems fabrique du phosphore blanc, utilisé par l’armée israélienne. En 2019, il n’est pas possible de nier cela. »

Autre difficulté : la grande complexité des organigrammes des multinationales. « Durant cette campagne, il a souvent été difficile de faire la part des choses dans les filiales d’Axa, ajoute Leyla Larbi, chargée de campagne de SumOfUs. Ils en ont beaucoup, et répondent sans cesse que ce n’est pas eux... On sait ce que l’on fait, on vérifie toutes nos données, mais ils démentent avec une telle assurance que cela peut parfois être déstabilisant. »

Volonté d’annexion des colonies, pourtant illégales en droit international

En Israël, après la victoire du Likoud aux élections législatives du 9 avril, Benyamin Netanyahu s’apprête à former un nouveau gouvernement. Ce sera son 5ème mandat à la tête du pays. Actuellement sous la menace d’inculpation pour des faits de corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires distinctes, le bientôt septuagénaire a franchit un nouveau seuil durant la campagne électorale en faisant part de sa volonté d’annexer les colonies implantées en Cisjordanie. Une perspective bafouant totalement le droit international, au regard duquel toutes les implantations depuis 1967 sont illégales, mais qui ne lui valu aucune remontrance de la part de ses amis de la scène internationale, tels le nord-américain Donald Trump, le brésilien Jair Bolsonaro ou le hongrois Victor Orban.

« Aujourd’hui, on assiste à une alliance forte entre les différentes extrême-droites mondiales et Benyamin Netanyahou en est l’un des leaders, rappelle Imen Habib. Tout comme la loi « État nation » votée en Israël en juillet 2018, (qui consacre Israël comme « l’État-nation du peuple juif » et ne reconnaît le droit à l’autodétermination qu’aux juifs-israéliens, ndlr),cela éclaire de façon nette la nature profonde du régime israélien d’apartheid. Notre légitimité et celle de notre action en sont renforcées : on est plus que jamais déterminé à continuer nos campagnes. »

Actions de boycott culturel

Dans les mois à venir, BDS annonce poursuivre la campagne sur le désinvestissement d’Axa et en enclencher une autre sur le boycott de la marque Puma, « pour qu’ils mettent fin au sponsoring des équipes de foot des colonies israéliennes ». Une journée d’action internationale à cet effet est prévue le 15 juin. D’ici là, deux évènements sont ciblés : le festival Eurovision qui aura lieu du 14 au 18 mai à Tel Aviv et autour duquel BDS se mobilise depuis déjà quelques mois, puis le Festival international de films LGBT de Tel Aviv (TLVFest), qui se tiendra dans la capitale israélienne du 6 au 15 juin.

Comme l’ont démontré Eyal Sivan et Armelle Laborie [2] et plus encore Jean Stern [3], Israël a fabriqué ces dernières années une image « gay friendly » de Tel Aviv. La capitale israélienne devenant ainsi la pièce maîtresse d’une entreprise de pinkwashing qui laisse songeur, quand on sait les fondations sexistes, homophobes et virilistes des dirigeants actuels du pays... Après le désinvestissement un retour, donc, aux actions de boycott culturel. En attendant que sur la scène internationale, les sanctions politiques du gouvernement israélien reviennent dans l’agenda des dirigeants de la planète.

Emmanuel Riondé

Photos (© Iyad El-Baba) : bombardements au phosphore blanc de l’école de l’UNWRA (administrée par les agences de l’Onu), à Beit Lahia, Gaza, en 2009. L’attaque israélienne avait tué deux enfants et mutilé leur mère et blessé des dizaines de personnes (y compris des enfants) - Gaza : pourquoi l’usage de bombes au phosphore blanc est un crime de guerre.

Notes

[1] AFPS, Al Haq, Fair finance France, FIDH, LDH, CCFD Terres solidaires, CGT, Solidaires.

[2] Un boycott légitime, pour le BDS universitaire et culturel de l’État d’Israël, de Eyal Sivan et Armelle Laborie, La fabrique éditions, Paris, 2016.

[3] Mariage gay à Tel Aviv, de Jean Stern, Libertalia, Paris, 2017.

Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens

 

La « saison croisée » France-Israël doit être annulée.

 Le criminel de guerre Netanyahu doit être interdit de séjour en France
Manifestons partout en France le 5 juin !

La « saison croisée France-Israël » va regrouper, de juin à novembre, des dizaines d’événements en Israël et en France. Pour Israël, il s’agit de reconstruire une image positive, de tenter, à travers la science, l'art et la culture, de le blanchir de ses crimes. Cette « saison croisée » doit être inaugurée à Paris le 5 juin par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, conjointement avec le président de la République Emmanuel Macron.

En quelques semaines, les tirs de l’armée israélienne contre les manifestants de Gaza, non armés, qui protestent contre un blocus inhumain qui dure depuis 11 ans, ont fait 120 morts et plus de 13 000 blessés, dont 3 500 par balles, conçues pour infliger des mutilations et handicaps à vie.

Pendant ce temps, en toute impunité, Israël et les États-Unis fêtaient le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en contradiction totale avec le droit international et les résolutions de l’ONU.

La France a condamné l’un et l’autre. Mais que peuvent les paroles contre un pouvoir israélien qui se croit tout permis, fort du soutien inconditionnel des États-Unis de Trump, et l'absence de sanction ? Il est grand temps de passer de la parole aux actes.

Nous demandons l’annulation de cette saison croisée et de son inauguration le 5 juin :

 

  • une fois encore, les crimes de guerre commis récemment par Israël sont d'une extrême gravité, et la tentative de les blanchir par cette « saison croisée » est d'une indécence absolue. Cet événement serait en contradiction totale avec le signal clair et le ferme avertissement qu'il faut adresser à Israël.
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  • Netanyahou, criminel de guerre, n’a rien à faire en France,
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  • la date du 5 juin, l’anniversaire du déclenchement par Israël de la « guerre des 6 jours », qui a conduit à l’occupation de nouveaux territoires par la force et une nouvelle catastrophe, la Naksa, pour le peuple palestinien, ajoute un facteur supplémentaire à cette provocation.

 

Partout, nous porterons l’exigence de la reconnaissance des droits du peuple palestinien – dont le droit au retour – et de la reconnaissance par Israël des crimes qu’il a commis. Nous demandons que, déjà, la France reconnaisse l’État de Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale, comme l'ont demandé au gouvernement nos élu-e-s des deux chambres.

C’est l’impunité d’Israël qui autorise à tuer les Palestiniens comme elle tue toute humanité de la part du pouvoir israélien : il est urgent d’y mettre fin, et d’appliquer des sanctions contre l’État d’Israël et particulièrement la Suspension de l'Accord d'Association UE/Israël.

Nous appelons à manifester partout en France le 5 juin contre la venue de Netanyahou et pour l’annulation de la saison croisée France-Israël.

À Paris, nous appelons à nous joindre au rassemblement

Esplanade des Invalides à partir de 18h30.

 

Non à la venue de Netanyahou en France, c’est un criminel de guerre !

Annulation immédiate de la saison croisée France-Israël !

 

Organisations du CNPJDPI signant cet appel :

Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – AFD International – AILES Femmes du Maroc - Alternative Libertaire (AL) - Américains contre la guerre (AAW) - Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) - Association des Tunisiens en France (ATF) - Association France Palestine Solidarité (AFPS) - Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) - Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC) - Association pour les Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises (AJPF) - Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) - Association Universitaire pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) - Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) - Cedetim / IPAM - Collectif des Musulmans de France (CMF) - Collectif Faty Koumba : Association des Libertés, Droits de l'Homme et non-violence - Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les Universités Palestiniennes (CICUP)- Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Palestine (CJACP) - Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) - Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) - Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5)  - Droit-Solidarité – Ensemble ! - Europe Ecologie les Verts (EELV) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) - Fédération Syndicale Unitaire (FSU) – Forum Palestine Citoyenneté - Génération Palestine - La Courneuve-Palestine - le Mouvement de la Paix - les Femmes en noir - Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, section française de la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF) (LIFPL) - Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) - Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) - Organisation de Femmes Egalité - Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) - Parti Communiste Français (PCF) - Parti de Gauche (PG) - Parti de l'émancipation du peuple - Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Socialistes pour la Paix – Sortir du colonialisme - Syndicat National des Enseignements de Second degré (SNES/FSU)  - Une Autre Voix Juive (UAVJ) - Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) -Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) - Union syndicale Solidaires

 

 

Sourire et émotions à l’arrivée de Sarah Katz ce jeudi soir à la gare Saint-Charles de Marseille. Après les embrassades la militante juive française pour la paix a longement conté ses conditions de détention. Article paru dans le journal La Marseillaise du 3 août 2018. Sarah Katz, militante de l’Union juive française pour la paix (UJFP) a retrouvé le sol français après avoir passé quatre nuits dans les prisons israéliennes. Elle a été ensuite expulsée du territoire ou elle était venue porter assistance à la population palestinienne via une flottille internationale.

La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après ce périple qui a commencé par l’arraisonnement de votre bateau par l’armée israélienne alors que vous vous trouviez dans les eaux internationales ?

Sarah Katz : Ce fut un acte de piraterie très brutal. Le capitaine et le mécanicien norvégiens ont été violemment pris à partie et si nous n’avions pas été européens je pense que notre sort aurait été bien pire. N’oublions pas que le rôle de cette sixième flottille était de pointer du doigt la terrible réalité du blocus israélien que subissent les Palestiniens. Nous apportions des médicaments et surtout du matériel médical de type bandelettes, compresses qui manquent cruellement là-bas. J’ai espéré un moment que nous pourrions faire mieux, mais à partir du moment où l’armée israélienne ne nie même pas qu’elle opère illégalement en eaux internationales, que pouvons-nous faire. Nous comprenons bien là ce que signifie soustraire de l’humanité deux millions de personnes (la population de Gaza, ndlr) Mais évidemment, je suis amère.

Quelles ont été vos conditions d’arrestation, de détention et de comparution devant la justice israélienne ?

S.K : J’ai découvert, à cette occasion, l’importance que prend, dans un État, ces services un peu gris tel l’Office d’immigration qui a un puissance incroyable. Ça donne, en bout de chaîne, une parodie de justice où le juge ânonne que ta détention est légale. On a réussi à mobiliser des militants, médias et parlementaires français dans le refus de soutenir un État voyou. Mais il faut amplifier la contestation. Ou on y arrive ou nos pays, dont la France, vont dire en creux que le monde d’Apartheid qu’est en train de construire Israël, est le monde qu’ils veulent.

Qu’est-ce qui permet une telle impunité dont jouit le gouvernement d’extrême droite israélien ?

S.K : C’est le fait que ça provient d’une très profonde unité idéologique. En 2018, sur Terre, il y a des gens qui ont plus de Droits que d’autres et même nos gouvernements, au fond, sont d’accord. Que des migrants se noient en Méditerranée, c’est juste leur sort, que 1 000 migrants arrivent sur le sol français et c’est la démocratie qui tremble sur ses bases. On est devant cette idée que l’on ne va pas au devant d’un monde fraternel, mais où les puissants se créent un lieu où ils se protègent et écrasent les autres. L’État Israël est à l’avant-garde de ça. Regardez la loi sur l’Apartheid visant les arabes et qui est une insulte à la mémoire juive.

À ce propos, que souhaiteriez-vous dire, en tant que militante associative, aux Juifs de France tentés d’épouser les positions de Netanyahu ?

S.K : La première chose que j ’aurais envie de dire, c’est qu’ils doivent se rappeler qu’ils sont des citoyens comme les autres et qu’ils ont la même responsabilité pour construire une société qui ait un sens. Pour cela, ils doivent lutter de toutes leurs forces contre ces gens qui construisent l’Apartheid au nom de leur judéité.

Propos recueillis par M.Gd

ujfp.org

 

Par Lecteur

En rétention administrative en Israël depuis août 2017, Salah Hamouri, avocat franco-palestinien marié à une Ivryenne, Elsa Lefort, fille de l’ancien député communiste Jean-Claude Lefort, a fait l’objet en septembre dernier d’un portrait par le graffeur C215, dessiné au coin de la rue Molière et du boulevard Brandebourg à Ivry-sur-Seine. La ville en a tiré une affiche qu’elle a apposée devant la mairie d’octobre à mi-avril, date à laquelle le portrait, vandalisé, a été retiré pour être restauré.

À Ivry, la pratique de la banderole politique est assez coutumière, et la commune affiche actuellement une autre banderole qui proteste contre « la mise sous tutelle des collectivités locales par l’État au travers de la contractualisation » ainsi qu’une troisième pour exiger le Droit de visite de Claude Mangin-Asfari à son époux emprisonné au Maroc, Naâma Asfari, citoyen d’honneur de la ville. Ce 30 avril, le courrier adressé au maire d’Ivry-sur-Seine par la préfecture du Val-de-Marne a toutefois ciblé uniquement celle concernant Salah Hamouri. « Il m’a été signalé l’apposition d’une banderole en soutien à Monsieur Salah Hamouri sur le fronton de l’Hôtel de ville de votre commune, ressortissant franco-palestinien, placé en détention administrative en Israël depuis le 23 août 2017. Je vous rappelle que le principe de neutralité des services publics s’oppose à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes exprimant des opinions politiques tels qu’un drapeau symbole d’une revendication politique », faisait savoir la préfecture, demandant à la ville de respecter le principe de neutralité des collectivités locales.

Pour Philippe Bouyssou, maire PCF de la ville, il s’agit d’un regard « sélectif » de la part de l’État, au regard de la « ligne éditoriale débordante » des banderoles apposées sur le fronton de la mairie. « Cela signifie-t-il que prendre position contre une disposition de la loi de Finances ou en faveur du Droit de visite de l’épouse d’un prisonnier politique Sahraoui ne contreviendrait pas au fameux principe de "neutralité" que vous évoquez ? Ou bien que par votre plume l’État se rendrait lui­-même coupable d’une totale absence de neutralité ? Ou pire encore que vous vous contentiez de retraduire une forme de délation sans en avoir fait vérifier le fondement ? » , accuse l’édile qui fait par ailleurs remarquer que le portrait dont il est question n’est actuellement plus apposé en mairie, étant en cours de restauration.

Sur le fond, l’élu s’oppose à la demande de la préfecture de respecter le « principe de neutralité ». « Est-il nécessaire de vous rappeler que les collectivités locales sont dirigées par des assemblées élues qui à ce titre exercent un mandat politique porteur de valeurs ? » tance l’édile. « Dans une période où la libre administration des communes est remise en cause par la contractualisation, vous comprendrez que la confusion que vous opérez entre "collectivité locale" et "service public" constitue une véritable atteinte à la démocratie dont je doute que les services de l’État puissent se rendre coupables », enfonce le maire qui prévient que le portrait de Salah Hamouri « restera donc apposé sur la façade de ce qu’il convient d’appeler la Maison du peuple jusqu’à ce que cette libération soit effective ».

Pour rappel, Salah Hamouri, est un avocat franco-palestinien. Arrêté une première fois au poste de contrôle de Qalqiliya en mars 2005 alors qu’il était étudiant en sociologie de l’Université de Bethléem, il avait été accusé d’avoir voulu tuer le rabbin Ovadia Yossef et d’appartenir au Front Populaire de Libération de la Palestine. Plaidant coupable après trois ans de détention provisoire, il avait écopé de 7 ans de prison avant d’être libéré par anticipation fin 2011 dans le cadre d’une libération de 550 prisonniers palestiniens échangés contre le jeune soldat franco-israélien Gilad Shalit. Depuis, Salah Hamouri a obtenu son diplôme d’avocat, s’est marié en 2014 avec Elsa Lefort, ancienne conseillère municipale PCF de Choisy-le-Roi et fille de l’ancien député Jean-Claude Lefort, membre de son comité de soutien pendant son emprisonnement. Le couple vit alors à Jérusalem Est. Mais début 2016, alors que le couple est rentré en France pour passer Noël en famille, et que Elsa Lefort, enceinte de six mois et demi, reprend l’avion pour Israël un jour après son mari, elle est refoulée à l’entrée du pays malgré son « visa de service » délivré par le Bureau des affaires consulaires du ministère des Affaires étrangères israélien, considérée comme « potentiellement terroriste ».

Après deux jours de rétention à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, elle est expulsée vers la France et ne pourra repartir, malgré la mobilisation et le soutien d’élus. C’est au mois d’août 2017 que Salah Hamouri est à nouveau arrêté à son domicile de Jérusalem dans la nuit de 22 au 23 août et il est depuis en rétention administrative.

legrandsoir.info

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