Etrangers, gays, récépissé : la voie de la sagesse

Par Daniel Schneidermann, de l'excellent site "Arrêts sur image".

Il y a des réveils plus exotiques que d'autres. Au hasard du zapping matinal, prendre en cours l'interview de Malek Boutih par Aphatie, sur RTL (1). Comprendre que l'ancien président de SOS Racisme évoque le droit de vote des étrangers. Et réaliser avec stupéfaction, après quelques secondes, qu'il plaide pour...le report du vote de la loi. Pourquoi ? Pour se concentrer sur la crise économique, explique Boutih. OK. L'argument peut se comprendre. Mais aussi pour une autre raison, ajoute-t-il: pour ne pas désigner les étrangers comme boucs émissaires. En ces temps de crise économique, on n'est jamais à l'abri d'une poussée de xénophobie. Or, donner le droit de vote aux étrangers risquerait d'attirer sur eux la vindicte des Français. Donc, soyons "sages", remettons à plus tard, c'est à dire (traduction libre @si) à jamais.



L'argument est imparable. On pourrait d'ailleurs l'appliquer à tous les projets de réforme du gouvernement. Le mariage gay ? Vous n'y pensez pas. En cette période de crise économique, la sagesse commande de ne pas prendre le risque de provoquer de vague d'homophobie. Le récepissé en cas de contrôle d'identité ? Quelle lourde erreur ! En énervant les policiers, en faisant peser sur eux une injuste suspicion, il risquerait de les rendre plus brutaux envers les contrôlés. Soyons sages: laissons donc faire les braves et dévoués fonctionnaires des BAC, à Marseille comme ailleurs, sans interférer. Quant à la solution de repli de rétablir le matricule sur leur uniforme, il se trouve déjà des policiers, parait-il (2), pour le comparer à une "étoile bleue".


Mais foin d'ironie. Le gouvernement agit. La preuve ? Il a demandé à l'ex-patron d'EADS Louis Gallois un rapport sur la compétitivité des entreprises. Soit dit en passant, comme le remarquait Thomas Legrand sur France Inter, la démarche est curieuse. Les socialistes sont dans l'opposition depuis dix ans. On imagine qu'ils ont eu le temps de réfléchir. Notamment à la compétitivité des entreprises, donc, puisque c'est le sujet premier, celui qui commande tous les autres, la mère de toutes les batailles économiques. Divine surprise: ils sont élus. Et que font-ils ? Ils appellent en urgence un patron en retraite (mais de gauche), pour lui demander ses solutions. Bonne idée, que l'on pourrait, elle aussi, extrapoler, en demandant à un grand flic en retraite un rapport sur le récépissé, ou en confiant à un évêque honoraire (il doit bien s'en trouver) une mission sur le mariage gay. Ce serait, là aussi, la voie de la sagesse.

Daniel Schneidermann

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