Après les sondages multiples confirmant le pourcentage probable du FN, y a-t-il risque ou pas ?

Oui, le FN constitue un risque : il y a une stabilisation à tous les scrutins, y compris là où les électeurs FN s'abstenaient comme les élections européennes. Si le nombre d'électeurs lui-même n'augmente pas, l'abstention des autres fait grimper le pourcentage du parti lepéniste.

Risque, oui, donc. Même si pour l'instant, les sondages indiquent surtout que la Droite battrait d'abord le PS, puis battrait le FN au deuxième tour.

Et avec la politique menée par Valls-Hollande et le MEDEF, les choses ne vont pas s'améliorer : la présence du FN au second tour de la présidentielle est « très probable », voire assurée en l'état actuel des choses.

 

Quel est l'ingrédient principal de ce poids du FN ?

Le FN se nourrit surtout de la crise politique, et le mot est faible. Une majorité de nos citoyens est désabusée après avoir cru (un peu) aux changements par Sarkozy puis par Hollande. Les gens en viennent à vomir tous les partis, et c'est souvent mérité.

La lutte des places est omniprésente dans la « politique » : on voit même le sénateur Gilbert Roger s'agiter avant les élections départementales du 93 alors qu'il habite en Bretagne. La maire de Bondy, une ville de 54 000 habitants trouve le temps d'être vice-présidente du Conseil général.

Mais la crise politique est complexe : pour les citoyens eux-mêmes, l'intérêt principal est souvent lié aux élections. Le système est d'ailleurs cohérent : les électeurs agissent comme des consommateurs et les élus les traitent comme des clients.

Enfin les habitants abandonnent les décisions qui les concernent à quelques-uns, et leur abandon s'accompagne d'une sclérose des formes d'intervention collective qui perdent leur spontanéité et souvent leur combativité (ne parlons même plus des partis, mais aussi des syndicats, associations de parents d'élèves, amicales des locataires, associations communautaires).

 

Est-il possible de faire autre chose ?

Les succès de démarrage d'Europe Ecologie Les Verts, du NPA, du Parti de Gauche ou du Front de Gauche (et même du MODEM précédemment) montrent bien qu'il y a une attente de formes nouvelles. Mais toutes ces attentes ont été déçues.

Malgré les déceptions il y a régulièrement des volontés citoyennes d'intervenir : c'est vrai pour « A gauche autrement » au Pré-Saint-Gervais, pour la liste des « Lilas autrement », à Bondy avec « Bondy autrement », et à Bagnolet où il y a même eu deux listes citoyennes aux municipales. Ces listes montrent la volonté durable de réinvestir les choix collectifs en gardant la spontanéité tandis que les partis n'ont souvent que l'obéissance à proposer.

 

Comment réagir ?

La première responsabilité des citoyens engagés est ne de pas se désespérer, mais aussi de ne pas décevoir quand ils créent des formes d'intervention comme l'est « Bondy autrement » : éviter l'écueil des autres avec des formes sclérosées.

Le deuxième champ d'intervention est celui est celui des thèmes légitimes que l'électorat attribue à tort au FN parce que ces champs sont désertés par les forces d'alternative :

  • la radicalité contre le système monarchique actuel, que ce soit à l'échelle de la république ou de la commune,

  • la démocratie directe et la possibilité de référendum.

Le troisième champ est celui des thèmes que les autres partis reprennent au FN : le racisme anti-roms ou l'islamophobie sont des poisons même quand ils viennent de la bouche de dirigeants du PS ou de l'UMP. C'est aussi le cas spécialement concernant l'UMP ou l'UDI de l'homophobie.

 

Face au FN, et à la politique antisociale et discriminatoire dont il est porteur, la seule solution est d'intervenir pour une démocratie directe (c'est le déficit sur cette question qui nourrit l'idée que la solution dépendrait de la dissolution de l'assemblée nationale). Surtout on ne peut pas battre les idées de discriminations sans défendre l'idée que la solidarité vaut mieux que la concurrence entre tous. Enfin, la critique de l'Europe actuelle constitue un thème de prédilection : c'est l'Europe des trusts, des multinationales qui écrasent leurs salariés qui pose problème, pas les peuples grec, espagnol ou allemand qui sont victimes comme tous les autres peuples.

 

En tout état de cause, les habitants et les salariés ne peuvent pas faire confiance aux partis traditionnels pour « sauver » la situation : ce sont eux qui en sont responsables. Une partie de la solution réside dans le fait que les habitants et les salariés reconquièrent la politique et cessent de la déléguer aux politiciens « professionnels ».

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