Patrick Braouezec : « Agir sans plus attendre »

Une vingtaine de personnalités proposent de s’engager dans la création d’un espace politique nouveau, dès les européennes. Extraits.

PAR Michel Soudais
jeudi 19 juin 2008

Afin de « contribuer à la constitution d’une force politique de caractère nouveau », une vingtaine de personnalités ont mis en circulation un texte dense qui a la double ambition de préciser des éléments d’analyse de la situation politique et d’affirmer une perspective alternative de gauche qui respecte les expériences et les parcours.

Un fait, suffisamment rare, vaut d’être relevé : ce texte, intitulé « Changeons de monde » [1], est une contribution collective. Elle est issue de « discussions entre des militants associatifs, des acteurs du monde culturel et scientifique, des écologistes, des féministes, des militants pour l’égalité des droits, des syndicalistes, des communistes, des trotskistes, des autogestionnaires, des altermondialistes, des alternatifs », assurent ses signataires. Ces derniers sont d’ailleurs engagés aussi bien dans la coordination des collectifs unitaires, les Alternatifs, les communistes unitaires ou le courant AlterEkolo des Verts. Parmi eux, les députés communistes Patrick Braouezec et François Asensi, les conseillers régionaux (Alternative citoyenne) Tarek Ben Hiba et Jean Brafman, ou le conseiller général (PCF) Pierre Laporte. Mais aussi Étienne Adam, Gilles Alfonsi, Pierre Cours-Salies, Jean-Pierre Lemaire, Fernanda Marrucchelli, Roland Mérieux, Patrick Silberstein…

Après une analyse des impasses sociale et écologique du capitalisme et de son idéologie « génératrice de violence », le texte procède à un tour d’horizon des luttes perçues comme autant de points d’appui pour faire émerger « une autre logique de société ». Ses auteurs ne doutent pas que « l’absence de projet alternatif de gauche, le renoncement des forces social-libérales et la faiblesse des forces de transformation sociales et écologiques ont ouvert la voie » à « la domination des maîtres du monde » et à « des régimes de droite particulièrement violents ». « Le grand problème posé » à la gauche de transformation sociale et écologique, à laquelle ils aspirent, est donc, selon eux, de trouver « comment passer de la colère sociale à la réalisation d’une politique conforme aux attentes ». Ce qui nécessite « une construction politique prenant sa place dans les mobilisations tout en poursuivant une élaboration culturelle et politique ».

Caractéristiques de cette construction politique. « De nouvelles formes d’organisation sont nécessaires pour constituer et consolider un mouvement ouvert et multiforme, réactif, démultiplié, ainsi que de nouvelles formes de militance. […] L’heure est à développer des réseaux permettant à chacun de participer au “tous ensemble”, d’exister au travers de la circulation de tout ce qui aide à comprendre et à agir à égalité, avec toutes nos intelligences réunies.

« Il faut aussi développer des espaces de rencontre entre les cultures et les expériences politiques, en encourager le métissage, tourner la réflexion critique vers l’action pour transformer concrètement la réalité, inventer de nouvelles pratiques diffusant les pouvoirs, du niveau local au niveau global.

« D’où l’idée de préparer et réaliser, unitairement et au plus tôt, des États généraux de toutes les forces, groupes de militants, réseaux de mobilisation, courants, partis, qui refusent que la gauche continue d’être dominée par le social-libéralisme. »

Objectif européennes. « Les échéances européennes — du début de la présidence de l’Union par Sarkozy, le 1er juillet 2008, à la tenue des élections au Parlement européen en juin 2009 — constituent un terrain essentiel pour la construction d’une alternative politique. Elles le sont parce que le libéralisme ne connaît pas les frontières nationales et parce que la construction européenne telle qu’elle est orientée constitue un vecteur essentiel de légitimation de la casse du modèle social français, sur fond de dépossession des citoyens et d’affaiblissement des États. […] Elles le sont parce que des forces existent dans tous les pays de l’Union pour d’autres choix, et seule leur convergence peut ouvrir de nouveaux horizons, dans le prolongement des mouvements sociaux actuels. […]

« C’est bel et bien un projet populaire pour une alternative en Europe qu’il s’agit de travailler. Pour mener ces combats, comme pour développer les formes de solidarité dans les luttes ne séparant pas la résistance des contre-propositions alternatives, il faut s’appuyer sur le neuf, entraîner de vieilles formes d’organisations et parvenir à un espace politique de type nouveau, une formation politique dont le besoin est visible. »

Notes

[1] www.gauchealternative.org/spip.php?....

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