Manque de moyens pour la santé, mise en danger de salarié-e-s pour faire “tourner” l’économie : cette crise tragique prouve que notre monde ne peut plus être dirigé par le profit. Il aura fallu cette pandémie pour observer l’évidence : une baisse de la production a des effets bénéfiques pour le climat. Cela nous angoisse pour nos emplois. Mais avons-nous besoin de toute cette production ? Moins de production, c’est moins de travail, plus de temps pour soi et pour les autres. Cela ne pourrait-il pas être une bonne nouvelle ? Une phrase revient de tout côté : rien ne sera plus comme avant ! Et si demain, nous refusions de reprendre le cours “normal” de nos vies ? Un travail, quand on a la « chance d’en avoir », souvent mal payé et précaire pour des consommations de piètre qualité qui bousillent notre planète. Un travail dans lequel on doit obéir à des ordres qu’on ne comprend pas ou pire, qu’on réprouve.


Partout le mot d’ordre est lancé par nos dirigeants : « sauver les entreprises pour sauver les emplois !» Amusant que jamais on ne questionne ce qu’est l’entreprise : le collectif de travailleur-se-s qui réalise la production ou les actionnaires qui pendant des années ont pompé des dividendes et faillissent aujourd’hui à leurs obligations de nous payer ? Et voilà que l’État, c’est-à-dire l’argent public, devrait se substituer à eux pour assurer les payes ? Assurer les payes, oui. Laisser en place les actionnaires, non ! C’est l’économie réelle qu’il faut sauver, celle des artisans, des Scop et des salarié-e-s à qui la direction de l’entreprise doit revenir après la faillite des actionnaires.

À l’issue de cette crise, nous devrions logiquement être maîtres de nos entreprises, de l’économie. Nous devrions pouvoir enfin décider de ce que nous allons produire, avoir la possibilité de moins produire pour plus de temps libre et sauver ce qui est essentiel à notre humanité : le climat, la biodiversité et les écosystèmes.

Rien ne doit plus être comme avant.

Un gigantesque hold-up se prépare au nom d’une prétendue sauvegarde de l’économie : l’argent public va maintenir en place les actionnaires. Alors que nous sommes face à une bifurcation majeure – relancer cette économie qui nous mène au désastre ou la démocratiser pour qu’elle serve nos aspirations – une grande partie de la gauche et de l’écologie politique accepte ce « sauvetage  de l’économie » pour demander,poliment, un impossible capitalisme à visage humain.


À l’opposé, nous devons nous rassembler politiquement, refuser le hold-up du siècle en imposant une démocratie totale du local au global.


Laurent Eyraud-Chaume      Benoît   Borrits

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