Grand Paris: où en est-on? (suite)

Nous avons publié quelques avis divergents après les réjouissances publiques du PS concernant l'accord avec le ministre UMP/NC Maurice Leroy... Notre ami Marc Huret, urbaniste, nous transmet ces réflexions. 

Avant que Sarkozy rentre dans la mêlée avec son projet de Grand Paris, la gauche avait un bon projet d'amélioration des transports franciliens, pour lequel Sarko n' a pas voulu donner un sou. Le projet de la gauche s'intéressait d'abord aux quartiers de banlieue mal desservis; le réseau futur amélioré et étendu allait à la ville existante et à ses habitants; c'était un projet qui, avec un volet urbanisme convergent (vaste sujet il est vrai, la gauche et les écolos devraient s'y atteler davantage! ...malgré un déficit de pouvoir au niveau requis, à savoir la Région) , permettait de stopper l'étalement urbain proliférant depuis 60 ans.



Le projet Sarkozy, lui, avec ses grandes boucles assez largement hors des territoires les plus urbanisés (sauf exceptions alibi), est surtout soucieux de relier des pôles dits "d'excellence" - en fait les aéroports et les quartiers d'affaires - et de créer autour de rares gares (pas trop d'arrêts pour relier plus vite "les pôles d'excellence") des quartiers neufs avec des tas de choses mirobolantes et 800 000 emplois, excusez du peu. Autant dire qu'il appauvrira encore plus la banlieue et renforcera le zoning officiellement honni et l'étalement urbain. Triste projet technocratique et mégalo !

Cependant dès le lancement du projet Sarkozy, des maires de gauche l'ont soutenu, de façon hypocrite le plus souvent ( on vitupérait contre, mais on le soutenait en sous-main). C'est que le super-métro s'arrêtait sur leur territoire, ah les veinards ! et donc pas question de soutenir une vision globale du grand Paris: moi je m'en fous, je suis servi !

Au premier rang de ces élus, évidemment Patrick Braouezec, qui a des soutiens partout à la gauche de la gauche, et qui peut toujours se justifier n'importe comment notamment dans Politis, où il a des appuis inconditionnels. C'est qu'il y avait une gare au carrefour Pleyel, alors faut pas jouer au con, faut sauver le projet Sarko. Mais allez donc voir comment Braouezec a transformé la Plaine Saint-Denis en un triste désert de bureaux, de bureaux et encore de bureaux, d'une monotonie confondante, à rebours de tous les discours sur la ville animée et mixte. Allez-y, c'est édifiant, c'est ça le Grand Paris version gauche de transformation sociale ?

Donc aujourd'hui il y a compromis, parce que certains ne voient pas plus loin que leur "fief", et parce que Sarko promet des sous si on est gentil avec son Grand Paris, des sous qui ne seront probablement pas au rendez-vous. Soit-dit en passant, on ne dirait pas que la gauche veuillent le pouvoir en 2012. Elle a opposé son projet aux régionales contre Pécresse qui défendait le super métro Sarko, elle a gagné, et maintenant elle n'espère pas l'imposer en 2012 ?

Ou alors dans tout ce dossier, il n' y a pas vraiment de vision de gauche de la ville en banlieue et donc on signe pour les sous, et c'est sans doute ça la vraie explication. Il n' y a pas vraiment à gauche une politique cohérente de développer les centralités urbaines là où le métro et les tramways arrivent ou arriveront, ce qui changerait le visage de la banlieue, créerait enfin la ville mixte avec des emplois, services et commerces accessibles un peu partout. Il faut que les écolos se battent là-dessus.

Marc Huret

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