par Lola Keraron

Plus de 70 lieux culturels sont occupés à travers la France. Parmi les revendications : le retrait de la réforme de l’assurance chômage et l’extension du modèle d’indemnisation des intermittents. Reportage au théâtre de l’Odéon à Paris.

La mélodie s’amplifie devant le théâtre de l’Odéon. L’orchestre est rapidement rejoint par une dizaine de danseurs. Alors que les sauts et portés s’enchaînent, un public intrigué se forme autour d’eux. La musique change. Aux premières notes de « Show must go on », les passants retirent leur veste d’un seul mouvement et toute la place se met à danser en rythme. Une salve d’applaudissements clôt la flashmob tandis que la foule clame en cœur « Occupons, occupons, occupons Odéon » [1]. C’est ici qu’a commencé le mouvement d’occupation des lieux culturels, dans le 6ème arrondissement parisien. Il a vite pris de l’ampleur à travers tout le pays. Du théâtre Graslin de Nantes au théâtre national de Strasbourg en passant par celui de Sainte-Clotilde de la Réunion, 73 lieux culturels sont occupés aujourd’hui à travers la France.

« Je n’ai pas pu faire la moitié de mes cachets », témoigne Julie*, venue participer à la flashmob pour soutenir le mouvement. Âgée d’une trentaine d’années, l’artiste crée des comédies musicales pour marionnettes. Elle a le statut d’intermittente du spectacle. L’intermittence n’est pas un métier, c’est plutôt l’opposé : un régime spécifique d’assurance chômage. Il concerne les professionnels du spectacle et du cinéma dont l’activité est par nature discontinue. Il faut avoir travaillé un certains nombre d’heures (507) pendant un an pour avoir accès à ce statut, qui concernait avant la crise 276 000 salariés, du spectacle vivant au film d’animation.

« Que deviendra la liberté de parole si nous n’avons plus une culture vivante ? »

Face à l’arrêt quasi-total des activités du secteur, l’État a décidé de prolonger automatiquement d’un an les indemnisations des intermittents du spectacle. Mais cette « année blanche » prend fin en août prochain, et une bonne partie de 2021 est déjà passée sans que la vie culturelle n’ait pu reprendre. Beaucoup d’intermittents n’auront pas fait leurs heures d’ici la fin de l’été. « C’est absurde. On nous oblige à prouver que nous avons fait nos heures alors qu’on nous empêche de travailler », s’indigne Mathilde*, une jeune musicienne venue soutenir la lutte. « Ça fait un an que nous nous battons à bout de bras. Si l’année blanche n’est pas reconduite, 80 % des petits artistes comme moi risquent de cesser leur activité. Ça serait terrible, ajoute Julie. Nous avons besoin de cette diversité. C’est là-dessus que repose le tissu culturel de la France. Que deviendra la liberté de parole de notre démocratie si nous n’avons plus une culture vivante ? »

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