Nous reproduisons l'article concernant l'ancien conseiller général de Bondy, fusillé il y a quatre-vingt ans (le texte complet sur la Résistance à Bondy peut être lu ICI).

 

Né le 7 Septembre 1902 à Trignac dans la Loire Atlantique. Il est le dernier de cinq enfants, son père est ouvrier lamineur aux Forges de Trignac.
Il s’affilie en 1918 à la Jeunesse Socialiste. A la fin de 1920, il fait adhérer son groupe de la Jeunesse socialiste à l’Internationale Communiste des Jeunes.
A la même époque, il participe à plusieurs mouvements syndicaux dans son usine de Trignac. Renvoyé à la suite d’un mouvement de grève, il entre aux Chantiers de la Loire à St-Nazaire comme ouvrier électricien. Là, il continue l'action syndicale.
En 1922, il part au service militaire au 6° Génie à Tours. Il participe à la distribution d’un tract communiste s’élevant contre la répression dont sont l’objet les travailleurs allemands et dénonçant le Traité de Versailles. Il est arrêté puis relâché faute de preuves. Il est alors envoyé en occupation dans la Ruhr comme téléphoniste.
Son service militaire terminé, il rentre à Trignac.
Ayant des difficultés à retrouver du travail, il vient à Paris. Il réussit à se faire embaucher en qualité d’ouvrier bobineur aux moteurs Gramme à Pantin.
Le 24 juin 1924, il se marie. Les jeunes époux s'installent à Romainville. En 1925, ils viennent habiter Bondy au 5 rue du Foyer, devenue depuis le 22 octobre 1944, la rue Jules Auffret En 1927, Jules Auffret entre à la Cie du Gaz. Il débute comme surveillant d’éclairage à l’inspection de Pantin puis à celle d’Aulnay où il devient releveur-contrôleur en 1930.
A cette époque, au cours d’une assemblée générale de ce groupement, il adhère au Groupement de Défense des Petits Acquéreurs de Terrains et des Intérêts Généraux de Bondy, affilié à la fédération des Mal-Lotis. Ce groupement agissait en faveur de tous ceux à qui l'on avait fait miroiter les bienfaits des lois Ribot et Loucheur sur l'accession des ouvriers à la petite propriété et qui avaient espéré, en achetant un lot de terrains à tempérament dans les différents lotissements, créer un foyer sain et confortable pour leur famille.
Hélas ! que de déboires. L'été, c’était bien. Seulement l’hiver, ce n'était plus que bourbiers sans aucun éclairage.
C’est ainsi, par exemple, que ce groupement fut appelé à se battre pour obtenir l'installation à l'entrée de la rue de Versailles d’une lampe à huile afin de signaler aux habitants que là commençait le sentier praticable pour se rendre chez eux.
En 1930, Jules Auffret faisait l'acquisition d’un lot de terrain au 24 rue du Foyer et devenait ainsi lui-même un mal loti.
En même temps, il menait une grande activité politique. En 1929, il fut candidat aux élections municipales sur la liste présentée par les communistes. La liste fut battue, mais gagna plusieurs centaines de voix sur les élections municipales de 1925.
Ses qualités lui valurent d’être élu Secrétaire de la Région Est du Parti Communiste Français.
C’est ainsi qu'aux Elections municipales du 5 mai 1935, la liste communiste conduite par Henri Varagnat et Jules Auffret obtenait 1619 voix, battant la liste socialiste du maire sortant qui ne recueillait que 1560 voix et la liste U.R.D. 1319 voix. Il y avait ballottage pour tous les sièges.
Au second tour, une liste d'unité ouvrière comprenant 14 communistes et 13 socialistes écrasait la liste de droite.
Jules Auffret fut élu maire adjoint.
Quelques semaines plus tard, Jules Auffret était candidat au Conseil Général pour la circonscription de Bondy-Pavillons.
Au premier tour, il arrivait largement en tête des candidats de gauche. La discipline du Front populaire jouant, le candidat socialiste se désistait en sa faveur.
Au deuxième tour, Jules Auffret était élu triomphalement Conseiller Général. A l'issue du scrutin, un défilé important et enthousiaste, parcourait l’avenue de la république puis la rue Salengro jusqu'à la mairie.
Vers 1937, il propose au Conseil Général un voeu demandant le prolongement du métro jusqu'à la mairie des Pavillons s/Bois.
Dans le même temps, le général Franco aidé par les troupes allemandes et italiennes, prend les armes contre le jeune Front Populaire Espagnol.
Sentant immédiatement tout le danger pour la sécurité de la France, la cause de la paix et de la liberté, Jules Auffret s’oppose à la politique de «non-intervention», qui non seulement privait la nouvelle démocratie espagnole de tout aide militaire mais encore renforçait la position internationale de Hitler et l'encourageait à déclencher la guerre.
Avec de nombreux Bondynois qui rejoignent volontairement les Brigades Internationales, Jules Auffret -mandaté par le PCF- se rend sur différents fronts en Espagne pour soutenir les volontaires.
Après le triomphe de Franco, grâce à la non-intervention et à l'aviation italo-allemande, Hitler devient de plus en plus menaçant. Il exige, au nom de la théorie de «l’espace vital», la 7ème province, c’est-à-dire le territoire tchécoslovaque des Sudètes.
C’est la période du “diktat” de Munich.
Jules Auffret, malgré les sarcasmes des partisans du «lâche soulagement», malgré la répression, préconise sans relâche, par dessus toutes les divergences politiques et religieuses, l’union de la nation française, dont tout le monde reconnaîtra plus tard qu’elle était une condition nécessaire à la victoire sur Hitler.
La guerre éclate, appelée la « drôle de guerre » parce qu’elle semble se dérouler sans combat. Les députés communistes sont mis en prison. Les conseillers municipaux sont destitués.
Jules Auffret est chassé de la mairie par les hommes de la trahison. Les militants sont arrêtés, emprisonnés. Alors commence contre les traîtres la dure lutte clandestine.
En 1939, il refuse “l’oubli” officiel du 11 novembre et organise une manifestation au monument aux morts. Une trentaine de personnes y sont présentes (dont Jacques Pain*).
Jules Auffret est arrêté le 18 décembre 1939. Le 1er février 1940, il sera officiellement déchu de son mandat électif (conseiller général), comme l’indiquera le Bulletin Municipal Officiel de la Ville de Paris.
Il est envoyé au Camp d’internement installé à Baillet dans l’ancienne propriété du Syndicat des métaux et qui lui avait été confisquée, puis transféré à l'île d’Yeu, c’est de là qu’il écrira au Préfet de la Seine, le 13 mai 1940, une lettre que nous avons retrouvée alors que la France est en guerre et qu’il est prisonnier : “Dès la première heure, j’ai manifesté mes sentiments anti-hithlériens et dénoncé les desseins criminels de l’hithlérisme contre les peuples libres.
Je suis toujours convaincu que la lutte contre l’ennemi de notre pays et l’établissement d’une paix durable nécessitent l’union de toutes les forces de la nation.
J’affirme, au moment où l’agression s’étend sur les pays voisins de la France et menace son territoire, que le peuple français, pour maintenir son indépendance et ses libertés, doit être uni devant le danger et les devoirs qu’il impose” Et il se proposait de combattre les forces nazies avant d’assurer le préfet de ses “sentiments anti-hithlériens”.
Sa proposition restera sans suite...
Il ira ensuite à Aincourt, où lui fut confiée “l’importante responsabilité de la salle de douches, poste d’accueil et d’observation des arrivants. Il était bon de savoir à qui on avait à faire” (Jacques Pain*).
Transféré à la prison de Fontevrault, il rejoindra ensuite celle de Clairvaux.
Dans cette dernière, il sera condamné à 15 jours de “mitard” avec d’autres, alors que sa femme se meurt à l’hôpital et qu’il a trois enfants... Les témoignages évoquent un personnage calme, pondéré, réfléchi, lisant régulièrement et jouant aux échecs.
Enfin, il est dirigé sur le camp de Châteaubriant où il arrive le 15 mai 1941. Début juin 1941, la direction clandestine du Parti faisait savoir qu’une organisation d'évasion était sur pied dans la ville même de Châteaubriant et que, pour commencer, elle pouvait prendre immédiatement en charge quatre camarades. Jules Auffret céda sa place.
Tout au long de son internement, il vivra douloureusement de ne plus voir sa famille, ses demandes seront refusées alors que sa femme était très malade.
Ainsi le 18 août 1941, dans une lettre à madame Baguet, il écrit “en ce moment, je sens le besoin de voir ma petite famille plus que jamais. Je fais tout pour ne pas y penser, mais ma volonté est impuissante à réprimer ce désir si humain qui se manifeste en moi”.
Le matin du 22 octobre, alors qu’il savait qu’il allait mourir le jour même, il dit à un de ses camarades qui le regardait tristement laver son linge : « Ça donnera moins de travail à ma femme.
Mais il n’aura pas le temps de sécher.
Tu t’en occuperas si tu n'es pas du voyage. »
Et comme son ami pleurait, il ajouta encore : « Ne pleure pas, c’est dans l'ordre des choses, l’essentiel pour ceux qui restent c’est de ne pas oublier... »
Il meurt à 39 ans, fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941. Un avis sera diffusé dans la presse: “En application de l’avis du Militaerbefelshaber en France, du 22 octobre 1941, les otages suivants ont été fusillés”. Il était conseiller général de Bondy-Pavillons, maire adjoint de Bondy. L’abbé Moyon, curé de Béré, à côté de Chateaubriant, assista aux derniers moments des 27 condamnés à mort. Il raconte avoir discuté avec Jules Auffret qui évoquait sa femme malade et ses quatre enfants. Grâce à son témoignage notamment, on sait que Jules Auffret, avant le départ pour l’exécution “prit la parole et dit alors à ses compagnons : “Il faut que nous prenions nos dispositions pour mourir, nous refuserons tous de nous faire bander les yeux, nous crierons tous “Vive la France!”.
Comme les autres fusillés, il laissera un message sur les parois de bois de la baraque : “Adieu! Adieu! Camarades prenez courage nous serons vainqueurs. Fusillé par les Allemands le 22.10.41. Jules Auffret”.
La rue de Bondy où il vivait, la rue du foyer, porte désormais son nom.

Informations supplémentaires