Par Jean-Marie Harribey *, sur le site d'ATTAC.

Attac publie un livre collectif [1] bienvenu Impôts : idées fausses et vraies injustices (Les Liens qui libèrent, 2021), au terme d’un quinquennat du président Macron marqué par l’injustice fiscale accrue et par le délabrement des services publics, qui ne peuvent plus être camouflés par l’idéologie erronée et cynique du néolibéralisme.

Le livre se présente sous la forme d’une mise à mal de dix-sept idées fausses, toutes illustrées par un dessin humoristique, regroupées en cinq chapitres : le modèle fiscal français, la fiscalité des plus riches, la fiscalité des plus pauvres, la fiscalité des entreprises et la fiscalité écologique. Pour rassembler les concepts expliqués, le livre se termine par un lexique détaillé auquel le lecteur est renvoyé lorsque ceux-ci se présentent dans le texte.

Pour montrer la portée politique de ce livre, détaillons un ou deux exemples de ces idées fausses, pris dans chacun des cinq chapitres.

La première idée fausse concerne le prétendu « ras-le-bol fiscal » des Français qui commanderait de baisser d’urgence les impôts. Or, toutes les études sérieuses montrent que c’est l’injustice fiscale qui est largement condamnée. Le contrat social fondé sur les services publics et la Sécurité sociale est au contraire plébiscité par une très large majorité de citoyens. À cela, il faut ajouter que malheureusement les taux marginaux de l’impôt sur le revenu ont baissé dans les pays de l’OCDE depuis quarante ans, particulièrement en France. De plus, la mesure des prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) varie d’un pays à l’autre en couvrant des champs différents et ne peut donc servir à classer les pays. Si l’assurance maladie est mutualisée et couverte par des cotisations, celles-ci entreront dans les prélèvements obligatoires. Si elle est privée, les primes d’assurance, même si elles sont plus élevées, n’y entreront pas, biaisant les comparaisons (idée fausse n° 3), ce qui justifie pour les libéraux de fragiliser le système de santé (idée fausse n° 4).

Tout le monde connaît maintenant la théorie du ruissellement chère au président Macron. Comme « les riches sont écrasés d’impôt » (c’est l’idée fausse n° 5), il faut les alléger, et les riches pourront ainsi investir, créer des emplois et cela rejaillira sur tous. Or, le système fiscal français est trop peu progressif, à cause de la place de la TVA (payée indistinctement par les pauvres et les riches, mais proportionnellement davantage par les premiers), de l’impôt « flat tax » sur les revenus du capital, de la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune et des énormes fraude fiscale et évasion fiscale (entre 80 et 100 milliards d’euros par an).

Et que dire des minima sociaux qui « favoriseraient le chômage et l’assistanat » (idée fausse n° 10) ? C’est le refrain de tous les néolibéraux et des conservateurs fustigeant les « paresseux », auxquels le président Macron avait donné raison en déclarant de façon ahurissante qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver un emploi. C’est l’occasion de faire le point des principales prestations sociales en France :

- retraite : 325 milliards ;

- assurance maladie : 200 milliards ;

- allocations chômage : 42 milliards ;

- prestations familiales : 31 milliards ;

- minimas sociaux : 27 milliards.

Les auteurs terminent ce chapitre en faisant des propositions pour revaloriser les minima sociaux, réduire les écarts de revenus, instaurer une sécurité sociale professionnelle et aller vers un remboursement total des soins de santé.

Les idées fausses n° 12 et 13 ouvrent le chapitre sur la fiscalité pesant sur les entreprises : l’optimisation fiscale et les paradis fiscaux ne seraient pas graves, et même ces derniers auraient disparu. Comment ne pas donner la parole au dessinateur Fred Sochard qui illustre ce chapitre par le dialogue suivant ?

- « Il n’y a plus rien sur la liste noire des paradis fiscaux !?! »

- « Parce que les paradis fiscaux n’existent plus… »

- « Quoi ? Mais d’où sortez-vous ça ? »

- « Euh… Ce sont eux qui me l’ont dit ! »

Pour faire pièce à cette propagande mensongère, les propositions ne manquent pas, notamment : ne plus baisser le taux d’imposition sur les sociétés, instaurer une taxe unitaire internationale sur le lieu où les richesses sont créées, taxer les transactions financières. On verra si la proposition de Joe Biden d’imposer les multinationales au taux minimal de 21 %, qui n’était pas encore connue lorsque ce livre a été écrit, recevra l’assentiment de la France et de l’Union européenne.

Au moment où la transition écologique devient une urgence, le dernier chapitre sur la fiscalité écologique arrive à point nommé. Éjectons d’abord deux idées fausses (n° 15 et 16) : la fiscalité écologique existerait déjà et les niches fiscales en feraient partie. Quand on sait que ces niches bénéficient aux classes riches ou aisées, on voit combien l’urgence écologique rejoint l’urgence sociale. Et ne boudons pas le plaisir de voir qu’un rapport gouvernemental donne raison aux auteurs : « Le crédit d’impôt pour la transition énergétique CITE a en effet principalement bénéficié aux ménages les plus aisés en 2018, comme les années précédentes. Les deux tiers des dépenses en travaux énergétiques déclarées par les foyers au titre du CITE l’ont été par les deux derniers quintiles de revenu fiscal de référence […], soit 40 % des foyers les plus aisés ».

Les citoyens ont avec ce livre la possibilité de s’armer contre la propagande des patronats qui renâclent à payer l’impôt, mais qui sont bien contents de bénéficier des services publics et même de la prise en charge de la majorité des salaires lorsqu’une crise sanitaire survient à l’improviste. Un livre bien écrit et surtout clairement pour jouer son rôle pédagogique. Un livre incisif contre la propagande ressassée inlassablement, mais toujours au plus près des affirmations péremptoires qui polluent le débat démocratique. Rien d’exagéré, tout est mesuré.

Parce qu’une recension d’un livre sert à engager la discussion pour aller toujours plus loin, je ferai une remarque et une suggestion.

Parmi les propositions concernant la fiscalité écologique, il y a celle d’abandonner le marché des quotas d’émissions de carbone et de créer une carte carbone individuelle fixant une limite d’émission par personne. Aussi bien que le marché des quotas existant en Europe depuis 2005 n’a absolument pas permis de commencer à résoudre le problème du trop plein d’émissions, il n’est pas sûr que la carte carbone individuelle puisse jouer le rôle attendu par les auteurs. De toute façon, cette proposition est très discutée. Les auteurs prennent la précaution de préciser que les cartes carbones ne doivent pas être négociables. Mais qu’en serait-il si un marché noir de ces cartes s’instaurait ? Il est à craindre qu’en vendant leur carte, les pauvres aliéneraient leur capacité à accéder à l’énergie. Cela signifie qu’un mécanisme de marché, qu’il soit à l’échelle des entreprises concernées par le protocole de Kyoto dans le cadre du marché européen, ou à l’échelle des individus, n’est pas en mesure de remplacer un cadre réglementaire de régulation, voire d’interdiction, des activités nocives qu’il faut réduire.

Ce livre met tellement en appétit, à la fois sur le fond et par sa forme, que je suggérerais deux ou trois idées fausses supplémentaires à décortiquer. Il court dans le discours économique dominant, dans la parole patronale et gouvernementale et dans les médias l’idée selon laquelle ce sont les acteurs de l’économie marchande qui financent seuls les activités monétaires non marchandes (l’école publique, la santé publique…). C’est faux, les impôts et cotisations sociales sont prélevés (les fameux prélèvements obligatoires) sur la totalité des acteurs économiques, ou si l’on préfère sur le produit intérieur brut en totalité qui comprend le produit marchand et le produit non marchand. Et il est vrai que les fonctionnaires paient des impôts et cotisations comme tous les autres travailleurs. Remettre ainsi les choses à l’endroit permettrait aussi de combattre une autre idée fausse régulièrement entretenue selon laquelle les travailleurs de la sphère non marchande sont improductifs. Allez donc dire cela après une année de Covid-19 où l’on a vu éclore une discussion inédite sur les travaux essentiels souvent exercés par les travailleurs du secteur non marchand. Enfin, le livre indique à plusieurs reprises le rôle que jouent les impôts pour « financer » les services publics. En réalité, les impôts paient collectivement ces services publics après qu’ils sont produits. Qu’est-ce alors que le financement  ? Il intervient avant, au moment du lancement du cycle productif public, et c’est pour cette raison que l’État doit retrouver la capacité de bénéficier d’une avance monétaire par sa banque centrale qui anticipe la richesse nouvelle qui sera créée, au lieu d’être obligé d’emprunter sur les marchés financiers. Ainsi, la politique fiscale et la politique budgétaire de dépenses publiques ne peuvent être séparées de la politique monétaire dont les peuples ont été dessaisis par le néolibéralisme.

Terminons en redonnant la parole aux auteurs qui écrivent dans leur conclusion que l’impôt est un lien fondamental de la citoyenneté : « Trop souvent présentée comme une charge à réduire et un prélèvement sur nos revenus dans les médias dominants, la fiscalité revêt une dimension sociale et solidaire. […] Afin de se réapproprier collectivement l’impôt et son consentement, nous appelons à la mise en place d’une convention citoyenne sur ces questions, avec un réel engagement de la part des responsables politiques de suivre et de mettre en œuvre les préconisations issues de ce débat citoyen. »

Notes

[1] Les auteurs sont : Thomas Desdouits, Vincent Drezet, Pierre Grimaud, Franck Mithieux, Dominique Plihon, Raphaël Pradeau, Ophélie Vildey et Jacques Woda. Avec les illustrations de Fred Sochard.

 

Un sondage BVA a lieu ces jours-ci à Bondy.

 

Les questions portent notamment sur l’image de la ville ( dégradée, plutôt dégradée, etc.), l’opinion concernant l’avenir de la ville (pessimiste, très pessimiste, etc.), la qualité de vie à Bondy (attractive, pas du tout, plutôt…), l’environnement, l’image nationale et internationale de la ville, le coût de la vie à Bondy (cher, plutôt cher, pas assez cher…).

 

Un bilan est demandé sur les jeunes, le sport, le 3ème âge, les transports en commun, les crèches, les centres de loisirs, la jeunesse, la culture, les familles, les commerces, les espaces verts, les réaménagements (ferme Caillard, éco-quartier De Lattre, stade Robert Gazzi, école Camille Claudel).

Une question carrément saugrenue est aussi posée : "Trouvez vous la maire, sympathique, dynamique, sérieuse, qui connaît ses dossiers?"… Euh... Là nous avons commencé à nous demander si ce n'étaient pas nos impôts locaux qui avaient payé ce sondage !

D’autres questions concernent d’anciens candidats et les chefs de groupes politiques au conseil municipal.

 

Alors, qui a pu demandé ce sondage ? Qui l’a payé ? Avec quel argent ?

 

C'est la raison de notre courriel suivant à la maire de Bondy :

Madame la maire,


Le sondage de BVA qui a lieu à Bondy ces jours-ci a-t-il été commandé par vos soins ? A-t-il été payé sur vos propres deniers ? Ou par la ville ? Dans ce cas, pourquoi n’avoir pas demandé au conseil municipal avant d’engager ces frais ? Si c’est l’argent public qui a financé ce sondage, vous devrez rendre publics les résultats.

Surtout, si vous n’étiez pas si méprisante de l’opinion des Bondynois, il n'y aurait pas besoin de payer ce sondage.

Salutations citoyennes,

Hakim Kadri et Dominique Pierronnet, conseillers municipaux de Bondy autrement.

Où l'on retrouve une structure dont une filiale locale est financée par la mairie de Bondy depuis des années, et que seule Bondy autrement a refusé de financer !

Par Juliette Rousseau

 

Côté rue, l’enseigne Café Joyeux présente un visage avenant où bonté de cœur et esprit d’entreprise œuvrent de concert pour favoriser l’intégration au monde du travail de personnes en situation de handicap cognitif. Côté cour, ses intrications avec les sphères les plus réactionnaires du catholicisme français questionnent. Tout comme les soutiens institutionnels et politiques dont elle bénéficie.

« Non merci, on a déjà eu des articles dans tous les titres de la presse nationale. » Au téléphone, le ton est sec : Edwige de France, en charge de la communication chez Café Joyeux, ne souhaite pas prolonger la conversation. D’après elle, tout a déjà été dit sur l’entreprise qu’elle représente. Il est vrai que, depuis l’ouverture du premier Café Joyeux en 2018 à Rennes, la chaîne de coffee-shops n’a cessé de gagner en visibilité. Elle compte désormais cinq restaurants à Rennes, Bordeaux et Paris, et a même inauguré une enseigne sur les Champs-Élysées au mois de mars. D’autres projets seraient par ailleurs en cours de préparation dans différentes villes de France.

« Servi avec le cœur » clame leur devise. Marketing léché, visuels enfantins et sémantique positive déclinée sur tous les supports de communication, Joyeux veut raconter une belle histoire « 100 % solidaire » et inclusive, où bonté du cœur et esprit d’entreprise changent la donne, tout en générant des bénéfices. La matière ne manque pas pour un bon storytelling : voici une chaîne de restauration qui emploie des personnes en situation de handicap – porteuses de trisomie 21, autistes – et veut donner l’exemple d’une entreprise nouvelle, dans laquelle les différences cognitives sont mises à l’honneur. Café Joyeux prouve notamment que l’inclusion par le travail est possible y compris dans un milieu aussi ouvert que celui de la restauration, à la condition d’adapter les pratiques managériales et l’organisation du temps de travail. En travaillant au Café Joyeux, les employés se forment, montent en compétences et ont plus de chance de trouver du travail par la suite.

À l’origine de l’initiative, on trouve Yann et Lydwine Bucaille Lanrezac, entrepreneurs fortunés, philanthropes et catholiques pratiquants. Lui est à la tête d’Émeraude, une multinationale de négoce de matières plastiques qu’il a rachetée à son père. Le couple est également propriétaire d’un hôtel 5 étoiles, le Castelbrac, à Dinard (Ille-et-Vilaine). Outre leurs activités entrepreneuriales, les Bucaille Lanrezac soutiennent différentes œuvres de charité. C’est ainsi qu’en 2010, ils créent le fonds de dotation Émeraude Solidaire, qui reçoit une partie des bénéfices du groupe Émeraude et les redistribue en finançant une multitude d’associations [1]. 

Soutien à la galaxie des associations catholiques, dont certaines très réactionnaires

C’est dans le giron d’Émeraude Solidaire que naît Café Joyeux. La marque est exploitée par une SARL du nom de Grain de Moutarde, elle aussi détenue par le même fonds de dotation. Si le Café Joyeux est pour le moment déficitaire, lorsqu’il fera des bénéfices ceux-ci reviendront donc à Émeraude Solidaire. Sur son site internet, le fonds de dotation annonce avoir financé 129 associations depuis sa création, actives dans des secteurs variés : éducation, exclusion, environnement, formation ou encore handicap. Son budget annuel, qui oscille entre 200 000 et plus de 400 000 euros ces quatre dernières années, est constitué de la dotation du groupe Émeraude ainsi que de dons privés.

Quand on y regarde plus en détail, le spectre des structures financées par Émeraude Solidaire dessine un soutien général à la galaxie des associations catholiques. Y compris dans sa tendance la plus réactionnaire. Ainsi, de 2014 à 2017 Émeraude Solidaire finance Enfants du Mékong, association humanitaire dont l’ancien directeur et désormais vice-président, Yves Méaudre, est un militant anti-PMA, proche de la Manif pour tous et d’Alliance Vita. Cette dernière est l’organisation fer de lance du mouvement pro-vie, contre l’avortement, l’euthanasie, la PMA ou encore le mariage homosexuel. Alliance Vita s’est ainsi largement mobilisée à l’époque de la Manif pour tous, puis plus récemment, contre l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, dans le cadre du mouvement Marchons Enfants ! Yves Méaudre a notamment été invité à intervenir lors de « l’université de la vie », un cycle de formations sur la bioéthique organisé par Alliance Vita début 2020 [2].

Dans la même veine idéologique, en 2017, Émeraude Solidaire finance la fondation Jérôme-Lejeune. Se décrivant comme le « premier avocat de la vie », elle est aussi opposée au mariage homosexuel et à la PMA mais avant tout, à l’avortement. En 2016, elle était à l’origine d’un fascicule anti-IVG distribué dans différents lycées catholiques [3].

Des proches de la Manif pour tous

Outre ces organisations pro-vie et opposées à l’égalité des droits des couples homosexuels, Émeraude Solidaire finance également des structures d’éducation catholique ou de promotion de l’école privée. En 2017 et 2018, c’est un club non mixte, basé à Paris et Versailles et destiné à l’éducation des garçons, le Club Fennecs, qui bénéficie de son soutien. Le site internet du club multiplie les références à Josemaria Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, organisation religieuse née en Espagne en 1928 et dont les manœuvres pour imposer à la société son interprétation réactionnaire du catholicisme ont été maintes fois dénoncées. On y apprend en outre que la prélature de l’Opus Dei, « assume la responsabilité des activités de formation humaine et chrétienne et nomme l’aumônier du Club ».

Capture d’écran du site d’Émeraude Solidaire, pour les associations soutenues en 2018.
Capture d’écran issue du site du Club Fennec.

Le fonds de dotation soutient également, en 2016 et 2017, la fondation Espérance Banlieues, une initiative de promotion de l’école hors-contrat. La fondation revendique 700 élèves répartis dans 17 écoles à Montfermeil, Mantes-la-Jolie, Argenteuil, Roubaix ou encore Marseille. Quoique se disant non-confessionnelle, celle-ci est néanmoins portée par la Fondation pour l’École, qui soutient et cherche à étendre le réseau d’écoles privées catholiques en France. La Fondation a été initiée par plusieurs personnes, dont son ancienne directrice, Anne Coffinier, elle aussi proche de la Manif pour tous [4]. 

En revanche, les fonds alloués demeurent relativement faibles, voire symboliques : quelques milliers d’euros pour chaque subvention annuelle. Et ils s’arrêtent au plus tard en 2018, année à partir de laquelle Émeraude Solidaire concentre son soutien au projet Café Joyeux. Si le faisceau idéologique que dessinent ces fonds questionne, pour Edwige de France, la responsable communication, il n’y a « pas de sujet ». « Yann [Bucaille Lanrezac], c’est quelqu’un qui donne avec le cœur, il est en dehors de tout ça », soutient-elle, ajoutant que son employeur « ne peut pas être tenu responsable de ce que font les personnes » qu’il finance et que celui-ci ne commentera pas ces choix. D’après Sophie Louvel, assistante à Émeraude Solidaire, les soutiens octroyés par le passé n’ont « pas tous » vocation à être reconduits, puisque le fonds de dotation concentre de plus en plus ses actions « sur le handicap et l’inclusion ».

Une communauté qui « s’inspire du néo-pentecôtisme aux États-Unis »

Pourtant, les accointances et le réseau des Bucaille Lanrezac tendent à confirmer que ces soutiens accordés via leur fonds de dotation sont loin d’être fortuits. Ils sont ainsi particulièrement proches de la Communauté de l’Emmanuel, dont ils participent aux rassemblements d’été à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire), où ils ont également racheté un hôtel, Le Prieuré. La petite ville, qui est un lieu de pèlerinage depuis que le Christ y serait apparu à une jeune sœur au XVIIe siècle, est aussi le fief de l’Emmanuel. La communauté y organise des rassemblements d’été auxquels participeraient plusieurs dizaines de milliers de personnes. En 2017, les fondateurs du Café Joyeux y tiennent d’ailleurs un atelier, intitulé « Sanctification dans le travail, trouver Dieu au cœur de son activité » [5]. Avec Émeraude Solidaire, le couple a également soutenu l’Emmanuel School of Mission : une institution destinée à la formation des jeunes catholiques, liée à la Communauté de l’Emmanuel, et qui se décline en sept écoles de prière et d’évangélisation ayant pour but de « donner au monde des catholiques capables de témoigner de leur foi » [6].

Fondée au début des années 1970 en France et issue du mouvement dit de « renouveau charismatique », la Communauté de l’Emmanuel revendique aujourd’hui 11 500 membres à travers le monde, dont environ la moitié serait en France. « Ensemble au service de l’Église catholique et de l’évangélisation du monde » prône l’Emmanuel, qui multiplie les outils multimédia : la web tv « Emmanuel Play », l’application « Découvrir Dieu », la chaîne Youtube « Emmanuel Music », et même « Cathoflix », une autre chaîne Youtube à destination des jeunes. « Il s’agit d’un catholicisme conservateur sur les mœurs, mais extrêmement libéral du point de vue économique », avance Josselin Tricou, chercheur à l’Inserm et auteur d’une ethnographie sur les « camps optimum », des stages pour hommes hébergés par l’Emmanuel. Selon lui, la communauté « s’inspire du néo-pentecôtisme aux États-Unis » et « fait le pont entre les traditionalistes qui, eux, seraient plutôt dans une logique de refus de la modernité, et un catholicisme libéral », plus enclin à user du marketing ou d’autres techniques d’entreprise à des fins d’évangélisation. « Il y a un vrai désir de reconquête de la société mais qui ne se montre pas totalement » explique-t-il.

« L’Emmanuel recrute dans la haute bourgeoisie et l’aristocratie »

« Il y a une très forte homogénéité sociale à l’Emmanuel », confirme un autre chercheur, qui, travaillant sur ces sujets, souhaite garder l’anonymat. « L’Emmanuel recrute dans la haute bourgeoisie et l’aristocratie mais aussi dans le monde de l’entreprise. Ce qui explique ses logiques entrepreneuriales : il y a un transfert de compétences professionnelles vers la sphère religieuse qui leur permet de mettre sur pieds des initiatives d’entreprises ou d’associations, très rapidement et de façon efficace. » Selon lui, les initiatives entrepreneuriales telles que Café Joyeux correspondent à un phénomène actuel du catholicisme français. Celui-ci « se vit comme dans une société qui ne le comprend plus, avec un pouvoir politique qui ne le soutient pas. On a le discours d’une religion qui se vit comme une minorité et pense qu’elle ne peut pas peser sur le pouvoir politique. Donc s’y diffuse l’idée de construire une société parallèle : avec ses propres écoles, entreprises. Puisqu’on sait qu’on ne pourra jamais gagner politiquement on construit un réseau parallèle. »

Sur les questions bioéthique et de mœurs, l’Emmanuel se positionne sur la même ligne qu’Émeraude Solidaire : la communauté donne régulièrement la parole à Alliance Vita, au mouvement politique Sens commun (né dans le sillon de la Manif pour tous) ou encore à François-Xavier Bellamy, élu LR ouvertement opposé au mariage pour tous et à la PMA [7]. De 2015 à 2017, la communauté a même hébergé l’association Courage lors de ses rassemblements d’été.

Spécialisée dans les « thérapies de chasteté », inspirées des homothérapies états-uniennes, Courage organise des stages durant lesquels on enseigne l’abstinence à des personnes homosexuelles. En décembre 2019, après la parution d’un livre-enquête [8] sur le sujet qui visait particulièrement Courage, la Communauté de l’Emmanuel a pris ses distances dans un communiqué, tout en affirmant qu’il n’a « jamais été proposé de thérapies de guérison » à Paray-le-Monial. Un projet de loi vient par ailleurs d’être déposé par la députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon pour les faire interdire, mais le site web de la Communauté de l’Emmanuel continue pour le moment d’y faire référence [9].

La question spécifique du handicap n’est pas neutre chez les catholiques conservateurs. Ainsi, la fondation Jérôme-Lejeune, à laquelle Émeraude Solidaire a accordé une subvention en 2017, a choisi de faire de la trisomie 21 le fer de lance de sa critique de l’avortement. « Signe le plus sûr du déclin d’une civilisation », l’avortement conduirait à un « eugénisme systématique » et à la potentielle disparition des personnes trisomiques, affirmait Jean-Marie Le Méné, président de la fondation, dans une tribune publiée par Valeurs actuelles la même année [10]. Socialement plus acceptable qu’une critique pure et dure du droit à l’avortement, le discours de défense des personnes trisomiques permet néanmoins de remettre en question le droit des femmes à choisir d’interrompre une grossesse. Selon le chercheur Josselin Tricou il y a, dans les milieux catholiques conservateurs, une « quasi instrumentalisation de la question de la personne handicapée face à cette société qui l’écrase » et qui présente l’enfant trisomique comme un « rescapé de l’avortement ».

Les cafés Joyeux encensés par les médias mainstream

Publiquement, l’initiative du Café Joyeux est encensée. « Un message de tolérance et de vivre ensemble », commentait récemment un article de Ouest-France, tandis que le 30 mai dernier, la chaîne de télévision France 2 dévoilait « Joyeux Pari(s) », un documentaire plein d’émotion sur le parcours de certains employés du Café Joyeux. Plébiscitée de toutes parts, l’entreprise s’est même vue décerner par Europe 1 un « trophée de l’avenir » 2020, dans la catégorie solidarité.

Cependant, à rebours des commentaires dithyrambiques sur le Café Joyeux, le Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE), regroupant des personnes directement concernées par le handicap, a récemment publié un texte à charge contre l’entreprise [11]. Parmi les éléments pointés, la participation d’Antoinette Le Pomellec, manager du Café Joyeux de Rennes, à une « université de la vie » d’Alliance Vita en janvier 2019.

Pour le CLHEE, l’initiative est avant tout du « handi-washing », et sert de façade aux réseaux religieux, qui y trouveraient une façon de faire du prosélytisme. Selon Elena Chamorro, cofondatrice du collectif, ce faux-nez permettrait aux milieux catholiques de garder la main sur la question du handicap : « Les personnes handicapées mentales ont l’air d’être un public de choix pour la bonne action rentable. Ces entrepreneurs catholiques entendent nous imposer leur vision du monde et continuer d’imposer à la société leur vision du handicap. Le nom donné à l’enseigne est parlant. Comment ne pas penser aux Béatitudes "Heureux les pauvres en esprit…", quand on voit le nom, Joyeux, donné aux "équipiers" ? », ajoute-t’elle.

Des soutiens de poids au sein de l’entrepreneuriat catholique

Elena Chamorro pointe aussi du doigt la notion de « leadership vertueux », au cœur du « voyage du bien commun », qui a permis à 200 entrepreneurs français de se rendre au Vatican et d’y rencontrer le Pape en décembre 2019 [12]. Impulsé par des entrepreneurs catholiques, ce déplacement était l’occasion de soutenir trois « associations au service du bien commun », dont le Café Joyeux. Les participants au voyage, des « entrepreneurs et dirigeants engagés », étaient invités à faire des dons à ces initiatives.

Là encore, si elle n’est pas immédiatement mise en avant avec le « voyage du bien commun », derrière la vitrine humaniste affleure une vision particulière de la société et des mœurs : différents prélats participaient à l’événement, parmi lesquels se trouvait notamment Dominique Rey, l’évêque de Fréjus-Toulon, connu pour son engagement en soutien à la Manif pour Tous et à Marchons Enfants ! À ses cotés, Olivier de Germay, membre de la commission bioéthique des évêques de France, lui aussi publiquement opposé à la PMA. En 2016, ils signaient ensemble une tribune intitulée « Avortement : le droit à l’avis », dans laquelle l’avortement est décrit comme une « violence létale », un « drame social » et où était dénoncé le développement dans la société d’une « mentalité abortive » [13].

Emmanuel et Brigitte Macron à l’ouverture du café Joyeux des Champs Élysées

Outre l’appui des prélats, « Le voyage du bien commun » affichait également un soutien de l’ambassade de France près le Saint-Siège. Or, ce n’est pas la première fois que l’État participe au soutien de Café Joyeux. Il s’avère même qu’il lui prête désormais main-forte. En mars dernier, l’enseigne ouvrait un troisième restaurant à Paris, sur l’Avenue des Champs-Élysées. Le local, prêté temporairement par l’assureur Groupama, offre l’occasion d’un nouveau coup de projecteur sur l’initiative. Ce jour-là, le Président en personne, ainsi que sa femme et Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées (jusqu’au 6 juillet 2020), viennent à l’inauguration. Face aux caméras, entouré des salariés du Café Joyeux, Emmanuel Macron salue « celles et ceux qui font », et « sont en train d’inventer l’entrepreneuriat du 21ème siècle ». « Je crois au travail et à la prise de risque », ajoute-t-il, puis de conclure : « Vous êtes en train de montrer que tout est possible avec de la volonté », saisissant au passage une des employées à ses cotés pour l’embrasser [14].

Deux ans plus tôt, lors de l’inauguration du Café joyeux Opéra, Brigitte Macron et Sophie Cluzel étaient déjà présentes, accompagnées de Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique et solidaire. Puis, un peu plus tard, en février 2020, lors de la Conférence nationale du handicap, à l’Élysée, ce sont les employés du Café Joyeux qui servent le café aux conférenciers débattant de leur avenir.

Sophie Cluzel, dont la fille travaille au Café Joyeux des Champs-Élysées, après avoir été employée par celui d’Opéra, ne tarit pas d’éloges sur l’entreprise. D’après elle, celle-ci s’inscrit dans un mouvement en cours qui bénéficie d’un soutien fort de la part de l’État : subvention de certains postes, promotion active, accompagnement pour bâtir et pérenniser le projet économique. Selon la secrétaire d’État, il s’agit de « montrer au monde entier que la France est capable de faire de la différence un atout commercial mais aussi performant ». Également enthousiasmé par le projet, le Président se serait personnellement enquis, lors de l’inauguration sur les Champs-Élysées, du « meilleur des leviers pour l’aide gouvernementale » afin de soutenir et d’essaimer ce genre d’initiatives. L’État serait donc actuellement en train de discuter avec les Cafés Joyeux et envisage de les passer en entreprise adaptée, ce qui leur garantirait un soutien pour chaque employé en situation de handicap. Sur les financements accordés par le fonds de dotation Émeraude Solidaire, la secrétaire d’État, que nous avons joint par téléphone, assure ne pas connaître « l’historique », et que ça ne « l’intéresse pas ».

Chez Café Joyeux, on se garde bien d’aborder les questions politiques en public. Des accointances réactionnaires des fondateurs, rien n’affleure dans la communication abondante de l’entreprise. En revanche, Yann Bucaille ne s’en cache pas, l’initiative a vocation à s’étendre et à faire des bénéfices, pour prouver que ce modèle économique « solidaire et inclusif » est viable. Ce qui semble fonctionner : il y a six mois, il déclarait sur Europe 1 avoir reçu 300 demandes d’ouvertures de nouvelles antennes du Café Joyeux et se félicitait de la possibilité de faire travailler toujours plus de personnes en situation de handicap mental dans un milieu de travail ordinaire.

Juliette Rousseau

Notes

[1] Le site du fonds de dotation Émeraude Solidaire.

[2] Yves Méaudre est notamment signataire d’une tribune anti-PMA publiée le 14 juin 2019 sur le site Atlantico, aux côtés de Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, et est intervenu en janvier 2020 lors de « l’université de la vie » d’Alliance Vita.

[3] Voir la liste des associations soutenues en 2017 par le fonds de dotation, volet Handicap. Lire notamment cet article de Libération : Un « manuel » anti-IVG de la fondation Lejeune diffusé dans des lycées.

[4] Anne Coffinier a fait partie des cadres du mouvement, invités à réfléchir à ses perspectives lors de la première université de la Manif pour tous, en septembre 2013, selon Valeurs Actuelles.

[5] Voir la référence sur le site de la librairie de l’Emmanuel.

[6] L’Emmanuel School of Mission a été soutenue en 2016 par Émeraude Solidaire.

[7] Lire notamment cet article de LCI : « IVG, homosexuels, Manif pour tous... ces phrases qui fâchent les détracteurs de François-Xavier Bellamy ».

[8] Dieu est amour, de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Flammarion 2019.

[9] Voir notamment le principe du parcours « Homosexualité, vivre avec et accompagner », lors des sessions d’été de la communauté, en 2017.

[10] Lire la tribune sur le site de la fondation Jérôme-Lejeune.

[11] Sur le site du CLHEE : « Le café joyeux, servi avec le cœur (de la droite catholique) ». Le texte s’inspire en grande partie d’un thread posté sur Twitter, le premier à avoir pointé les liens troubles du Café Joyeux avec les milieux catholiques réactionnaires, et que l’auteur a depuis retiré. Contacté, celui-ci nous a expliqué avoir reçu de nombreuses menaces et insultes suite à la publication de ces tweets, et préfère désormais rester anonyme.

[12] Voir le site du Voyage du bien commun.

[13] A lire sur la page du diocèse de Fréjus-Toulon.

[14] Voir la vidéo du discours d’Emmanuel Macron.

Lors du conseil municipal du 29 mars 2018, les élus PS, PC et EELV de la maire ont voté une "baisse" des taux de l'impôt local (de 29,14 % à 26,5%, soit 2,64 points).

Oui !

Mais ils suppriment en même temps l'abattement (la réduction) général : de 15% à 0 %.

Cela aboutira à une hausse pour la quasi-totalité des contribuables.

Ci-dessous quelques éléments de la discussion qui a eu lieu.

 

Et d'abord nos projections :

 

Pour une personne célibataire à Bondy-centre :

 

Pour une autre célibataire à Bondy-centre :

 

 Pour un couple avec enfants à bondy-nord :

 

Et un couple sans enfant à Bondy-sud :

.

Dans les quatre exemples, il y a hausse réelle !

Payer plus, pourquoi pas ? Mais sans être pris pour des imbéciles en plus !

Le texte de la délibération annonce : « Cette baisse de taux permettra de revenir à un niveau inférieur à celui de 2009, date de la dernière augmentation. Pour mémoire le taux global 2008 de taxe d’habitation était de 27.01%. » Évidemment, il faut lire 2009, souvenez-vous, c'était l'époque ou Gilbert ROGER nous avait promis que l'augmentation ne dépasserait pas 50 euros par ménage. De nombreux Bondynois(es) attendent toujours le remboursement promis à l’époque ... Sur la baisse des taux, nous observons la continuité du processus de suppression des abattements ! Y gagne-t-on vraiment ? Nos projections montrent le contraire : la suppression de l’abattement généralconduit en réalité à augmenter les impôts, même en baissant les taux. Cette ruse fait apparaître la baisse des taux, mais en réalité il y aura une augmentation de l’impôt

Passons sur les élus comme Bertrand Brouillard qui ne comprend rien à ce qu’ont expliqué Hakim Kadri (Bondy autrement), Karim Allouache(En marche), Jamal Amouri (PS dissident) et Stephen Hervé (LR). Toutes les estimations montrent que les impôts augmenteront.

Mais que le maire-adjoint au budget dise que les impôts augmenteront « peut-être pour quelques familles à la marge », là c’est fort. A-t-il vraiment compté ? Les seules familles qui bénéficieraient d’une baisse d’impôts seraient celles dont la valeur locative du logement serait autour de 7 000 euros, autant dire qu’il n’y en a pas beaucoup à Bondy !

Rappelons que Gilbert Roger, lui aussi, avait contesté nos calculs en 2009 mais n’a jamais tenu sa promesse (encore un) de rembourser les Bondynois qui lui prouvaient son erreur, feuille d’impôts en main !

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