par Rachel Knaebel

Le Conseil d’État doit décider s’il suspend ou pas la réforme de l’assurance chômage. Contrôlés, menacés de radiation, bloqués dans leur démarches de formation, les chômeurs font déjà l’objet d’une pression toujours plus grande. Témoignages.

Le 10 juin, le Conseil d’État a examiné la légalité de la réforme de l’assurance chômage, suite à sa saisie par les syndicats CGT, Solidaires et FSU. Cette réforme très contestée a été repoussée à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie. Sauf si le Conseil d’État la retoque, elle devrait entrer en vigueur 1er juillet, avec pour conséquence d’importantes baisses d’indemnités pour une grande partie des chômeurs, en particulier ceux qui ont enchaîné les contrats précaires. La nouvelle manière de calculer le salaire journalier de référence (l’indemnité que perçoivent les chômeurs sur la base de leurs anciens emplois) entraînera une baisse des allocations pour près de la moitié des futurs inscrits à Pôle emploi [1].

Les chômeurs font déjà l’expérience de contrôles accrus de Pôle emploi, avec menace de radiation à la clé. « Fin mai, je reçois un mail sur mon espace en ligne Pôle emploi me disant que je fais l’objet d’un contrôle renforcé et que j’ai une quinzaine de jours pour répondre à un questionnaire sinon je suis radié », témoigne Jean*. En tant que cadre approchant de la cinquantaine, son âge est déjà un frein dans ses démarches pour trouver un poste. Jean est aujourd’hui au RSA. Auparavant, il avait travaillé plus de dix ans en recherche et développement dans une multinationale, avant de se faire licencier. « À la suite de cela, j’ai été près de cinq ans au chômage entrecoupé par des périodes en tant que professeur en collège et de formation payée par Pôle emploi. » Puis il s’est retrouvé aux minima sociaux.

« J’avais encore, à cette période, un suivi plus ou moins régulier avec une conseillère de Pôle emploi. À la fin d’un contrat d’enseignant, j’ai réussi à intégrer un grand organisme de recherche fondamentale publique. J’y ai cumulé plusieurs CDD pendant plus de trois ans. Mon dernier contrat s’est terminé fin 2019, détaille Jean. Je me suis à nouveau inscrit comme demandeur d’emploi. Mais la pandémie est arrivée et le premier confinement avec. Le marché de l’emploi s’est alors effondré de manière spectaculaire. J’ai eu un contact par mail avec ma nouvelle conseillère en octobre 2020. Elle devait me recontacter en février 2021, ce qui n’a jamais eu lieu. Je continuais toujours à chercher du boulot. »

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