Par Bernard Dréano

L’invasion russe en Ukraine pose de nombreuses questions d’ordre historique, géopolitique et stratégique auxquelles Bernard Dréano, membre de l’Assemblée européenne des citoyens, apporte des réponses éclairantes.

 

Le 24 février 2022, le lendemain de la célébration du « jour de la Patrie » en Russie, Vladimir Poutine a donné l’ordre à ses troupes d’attaquer l’Ukraine. Il s’agit d’un crime contre l’humanité, au sens du « crime d’agression » défini par le statut de la Cour pénale internationale (article 8 bis) et d’une violation absolue de la Charte des Nations unies du 26 juin 1945.

Pourquoi Poutine attaque-t-il maintenant ?

Depuis plusieurs mois, Poutine construit une logique d’escalade, pensant sans doute que le moment est opportun après la débâcle américaine en Afghanistan, et sûr de ne pas risquer de réaction militaire de l’Otan aujourd’hui. Poutine a clairement fait monter la pression, sachant que son exigence de « graver dans le marbre » pour l’éternité la non-adhésion à l’Otan de l’Ukraine et de la Géorgie était inacceptable sous cette forme, alors que par ailleurs Français et Allemands ont toujours exprimé clairement depuis 2008 leur rejet d’une adhésion à court terme…

Le 21 février Poutine a délibérément « brulé ses vaisseaux », rendant toute désescalade impossible. Ses discours étaient des déclarations de guerre : le néo-tsariste appelant à la « dénazification » de l’Ukraine, puis sa reconnaissance de « l’indépendance » des républiques séparatistes « dans leurs frontières administratives » des deux oblasts (districts), c’est-à- dire avec les deux-tiers du Donbass sous contrôle ukrainien - signifiant la mort définitive du processus de Minsk, le processus international de négociation de 2014 pour le règlement du conflit du Donbass.

Quels sont les scénarios possibles à court terme ?

Contrôler militairement le pays est « techniquement » possible (l’Occident ayant explicitement annoncé qu’il n’y aurait pas d’engagement militaire direct pour l’empêcher), mais politiquement et financièrement incroyablement coûteux. Prendre le contrôle de l’ensemble du Donbass est plus facile, mais tout de même très compliqué.
Sans doute certains généraux, et Poutine lui-même, pensent-t-ils que la guerre sera courte, comme en Géorgie en 2008. Ils veulent décapiter l’Ukraine, y compris par l’élimination physique de dirigeants.

Sans doute certains généraux, et Poutine lui-même, pensent-t-ils que la guerre sera courte, comme en Géorgie en 2008. Ils veulent décapiter l’Ukraine.

Veulent-ils occuper durablement Kiev (ils n’avaient, contrairement à ce que pensait Sarkozy, jamais eu l’intention de prendre Tbilissi en Géorgie en 2008) ? Ou « simplement » détruire les capacités militaires de l’Ukraine et prendre le contrôle de tout le Donbass ? Espèrent-ils un mouvement en leur faveur des russophones d’Ukraine (plus qu’improbable) ? L’avenir le dira. Quoiqu’il arrive sur le plan militaire ces prochains jours, la guerre risque de durer.

Les conséquences, déjà importantes, vont être énormes : sur le plan économique (à l’échelle mondiale, notamment sur le prix de nombreuses matières premières), géopolitique bien sûr (la Chine, qui pense à Taiwan, « observe attentivement » ce qui se passe ), évidemment pour les Ukrainiens, mais aussi pour les Russes, surtout si la phase militaire du conflit dure. Si on compare à la crise géorgienne de 2008, on peut multiplier plus que considérablement les effets et conséquences… Ce qui est quasi certain c’est que le retour « au calme » n’est pas pour demain.

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