Comment concilier fin du monde et fin du mois ? La hausse vertigineuse des prix de l’essence met sous tension cette double exigence : sauver la planète, ne pas ignorer voire sacrifier le niveau de vie de la majorité des habitants.
Cela vient d’être annoncé : le gaz va augmenter de 15%, tandis que les prix moyens à la pompe dépassent bien souvent les 2,10€ le litre de sans plomb et approchent les 2,50€ pour le gazole. En dehors des grandes métropoles qui ont un bon réseau de transports en commun et qui bénéficient de la densité urbaine pour minorer les distances, ces hausses se traduisent par de très lourdes ponctions dans les revenus. Cela concerne très immédiatement ceux qui habitent loin de leur travail ou sont en horaires décalés, ceux qui travaillent avec un véhicule, les taxis, livreurs, aides à domicile, infirmières… Qu’on se le dise : si une hausse de quelques dizaines de centimes suffit à mettre en péril des millions de ménages, c’est bien que leurs budgets sont déjà à l’os. Le problème est moins celui du prix de l’essence que celui de la pauvreté.
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On le sait, ces hausses ont pour origine la guerre en Iran et les tensions sur l’approvisionnement. Pourtant, les barils achetés à prix d’or ne sont pas encore dans les stations. Comme toujours, chaque hausse est appliquée par anticipation – et non l’inverse – pour le plus grand bénéfice des compagnies pétrolières. Selon une enquête du Financial Times et un rapport de Greenpeace, rien qu’au mois de mars, les compagnies pétrolières européennes ont réalisé un sur-profit de 2,5 milliards d’euros – 870 millions d’euros de bonus pour le seul TotalEnergies. Pour ce qui concerne Total, ces bénéfices sont logés dans des paradis fiscaux et, depuis des années, cette société ne paie plus d’impôt sur les sociétés en France. À ces profiteurs de guerre s’ajoutent les spéculateurs et les très bien informés : 15 minutes avant l’annonce du cessez-le-feu par Donald Trump, une nouvelle fois des millions de barils ont été échangés en deux minutes pour bénéficier de la probable baisse des cours. La suspicion d’un délit d’initié est majeure.
Dans une telle situation qui compromet l’activité et les revenus, cinq pays européens (l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Autriche) ont demandé à la Commission européenne de taxer les bénéfices exceptionnels réalisés par les entreprises énergétiques. La France ne s’est pas associée à la demande. Sans doute, une fois encore, le gouvernement français a-t-il voulu défendre les intérêts de Total, en faisant mine de les confondre avec ceux du pays. Insoumis et communistes réclament le blocage des prix à la pompe. Dans l’urgence, c’est une mesure simple et efficace. Elle est un premier pas dans une stratégie qui doit intégrer l’immédiat, le court terme et le moyen terme.
À court terme, il faut mettre en place des mesures d’aides ciblées qui ne reposent pas entièrement sur les finances publiques, c’est-à-dire en bloquant et récupérant les marges des compagnies pétrolières. À moyen terme, cette politique d’aide doit être orientée vers l’électrification des usages. C’est-à-dire l’exact contraire des décisions prises par l’UE.