Par Laurence De Cock, à lire sur Politis, qui propose un abonnement à 1 euro ! Profitez-en !
Dans une France de 2028 où l’extrême droite gouverne, un professeur d’histoire-géo découvre à la rentrée une école transformée : exaltation nationale, programmes réécrits, soupçon envers des élèves… Ce texte dystopique explore le basculement d’un système éducatif sommé d’abandonner l’esprit critique au profit d’un récit officiel.
Cette année, la boule au ventre de la rentrée ne ressemble pas aux années précédentes. Bien sûr il y a toujours le stress de retrouver des classes pas toujours commodes, de ne pas finir le programme, de devoir composer avec un matériel obsolète, mais c’est le jeu ; il connaît ça par cœur. Les aléas du métier. Or il y a autre chose, une pesanteur face à l’inconnu qui ne dit rien qui vaille. Pendant l’été un nouveau ministre de l’Éducation nationale a inondé les médias d’informations pour « relever l’école », dit-il. Il a commencé comme ceci : « Le temps de l’Éducation nationale est révolu, il est temps d’en revenir à l’instruction publique. »
Il semblerait que la formule ait beaucoup plu aux parents et plus globalement à l’opinion publique mesurée par le baromètre quotidien du ministère de l’Information.
La réunion du 18 juin n'a pas apporté de changement pour Bondy. En attendant l'hécatombe continue pour la Seine-Saint-Denis, et pour Bondy.
Voici le texte de l'intersyndicale départementale.
Au groupe de travail carte scolaire du 18 juin, la DASEN a proposé 80 fermetures de classes supplémentaires pour la rentrée prochaine, qui s’ajoutent aux 275 fermetures déjà annoncées au CSA-SD d’avril. Ce sont donc 355 classes qui disparaîssent à la rentrée 2026 dans notre département.
La saignée continue alors que, dans le même temps, les remplaçant·es manquent partout et que l’État dépense déjà 30 % de moins pour nos élèves que pour ceux du reste de la France. À l’audience du ministère du 3 juin, on nous a répondu que l’État « continue d’investir dans le 93 » et que l’accompagnement des élèves à besoins particuliers allait « s’améliorer largement » grâce au déploiement des Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS). Des mots, toujours des mots, les actes, eux, racontent une tout autre histoire.
S’il fallait encore une provocation supplémentaire : la 5ᵉ Conférence nationale du Handicap (CNH), placée sous l’autorité directe du Président de la République, se tiendra le jeudi 25 juin à Bobigny. Cette instance est censée fixer le cap des politiques publiques en matière de handicap pour les trois prochaines années. Si la scolarisation des élèves en situation de handicap y figure légitimement en bonne place, une aberration démocratique persiste : les personnels de l’Éducation nationale, enseignant·es, AESH, Psy-EN ne sont pas invité·es et n’auront pas voix au chapitre.
Soyons nombreuses·eux en grève le 25 juin et au rassemblement à 12h à la DSDEN
Samedi 13 juin, l’association du 93 de parents d’élèves FCPE, soutenue par les organisations syndicales, appelait à une manifestation à Aubervilliers. Des parents, des enseignantEs et des éluEs sont intervenuEs pour dénoncer les injustices que subissent les élèves du 93.
Depuis des semaines, la FCPE et les organisations syndicales alertent sur les 275 fermetures de classes à travers tout le département, dont 9 à Bondy (même s’il y a aussi 2 ouvertures).
À la suite d’une grande mobilisation sur Aubervilliers, les parents d’élèves et les syndicats du 93 ont été reçus par la DASEN, qui représente l’Éducation Nationale en Seine-Saint-Denis. Une audience au ministère a aussi eu lieu suite à plusieurs mobilisations pour un plan d’urgence pour l’école du 93. Cela démontre que la mobilisation des habitants et des habitantes permet de se faire entendre.
Malgré tout, les réponses sont toujours les mêmes : baisse de la démographie, pas de moyens, etc. Le maire de Bondy que nous avons rencontré à ce sujet reprend d’ailleurs ce discours.
Rappelons pourtant que les élèves de notre département sont moins dotés que ceux des autres départements, d’environ 30%*.
Sans mobilisation, nous sommes condamnés à subir une détérioration continue des conditions d’études, donc de la capacité de nos enfants à comprendre le monde qui les entoure et à y agir.
Une nouvelle réunion se tiendra le 18 juin : le comité social d’administration spécial départemental (CSA SD d’ajustement).
Les personnels de l’Éducation nationale et les parents d’élèves auraient tort de laisser faire : ils ne doivent pas compter sur la bonne volonté des décideurs.
S’organiser dans un syndicat et dans la FCPE est un premier pas.
Se mobiliser pour garantir l’éducation de nos enfants est indispensable.
*La note du préfet de Seine-Saint-Denis, Jacques Witkowski, concernant les dépenses de l'État dans le département pour l'année 2023 indique que l'État a dépensé 2,3 milliards d'euros pour l'éducation en Seine-Saint-Denis. Selon la Direction des services départementaux de l'Éducation nationale (DSDEN), le département comptait 367 243 élèves scolarisés. En divisant la dépense totale par le nombre d'élèves (2,3 milliards / 367 243), on obtient un investissement d'environ 6 263 euros par élève. Selon une synthèse du ministère de l'Éducation nationale, la dépense moyenne par élève ou apprenti en France était d'environ 8 860 euros en 2023. L'écart est donc le suivant : 6 263 € (Seine-Saint-Denis) contre 8 860 € (moyenne nationale). La différence représente environ 30% de moyens en moins pour les élèves du 93.
Résultat de l’audience au Ministère le 3 juin : nouveau rendez-vous fixé pour arracher ce qui nous revient de droit !
Ce mercredi 3 juin, un rendez-vous important pour l’avenir de l’éducation en Seine-Saint-Denis s’est tenu. L’intersyndicale CGT-FSU-Sud Educ’93, accompagnée de représentant·es nationales·aux a été reçue au ministère par le Directeur de cabinet, la Directrice des ressources humaines, la conseillère à l’égalité territoriale, la directrice de l’enseignement scolaire et la DASEN du 93.
Nous avons défendu avec détermination les droits du département le plus pauvre de la France hexagonale où l’État investit moins qu’ailleurs et ne remplit pas sa mission d’égalité des chances pour tous les élèves du 93. 846 millions c’est le rabais que s’autorise l’état en dépensant 30% de moins pour nos élèves que dans le reste du territoire.
Après 2 heures acharnées, nous avons obtenu une nouvelle audience à la rentrée ! L’enjeu sera le prochain budget pour obtenir durablement ce qui nous revient de droit ! Nous ne ne lâchons rien !
Prochaine mobilisation : samedi 13 juin pour la manifestation des parents du département, auprès de la FCPE 93. Départ : 10h Métro fort d'Aubervilliers.
Voici le communiqué commun :
Devant les nouvelles provocations du ministère en audience, l’intersyndicale ne lâche pas l’affaire !
L’intersyndicale éducation 93, accompagnée de représentant.es nationales.aux a été reçue le 3 juin au ministère par le Directeur de cabinet, la Directrice des ressources humaines, la conseillère à l’égalité territoriale, la directrice de l’enseignement scolaire et la DASEN du 93.
Le niveau de responsabilité de nos interlocuteurs.trices du jour et le faste de la bibliothèque du ministère comme lieu de l’audience pouvait nous faire croire à un changement de paradigme ministériel concernant la prise en considération de nos revendications. Nous pensions à minima être considéré.es sérieusement après l’audience consternante du 12 mars.
Nous avons défendu avec détermination les droits du département le plus pauvre de la France hexagonale où l’État investit moins qu’ailleurs et ne remplit pas sa mission d’égalité des chances pour tous les élèves du 93. 846 millions c’est le rabais que s’autorise l’état en dépensant 30% de moins pour nos élèves que dans le reste du territoire.
Ce constat, factuel et documenté, le ministère y répond en nous indiquant que l’état « continue d’investir dans le 93 », et que l’accompagnement des élèves à besoins particuliers va s’améliorer largement avec le déploiement des PAS. Notre interlocutrice a cru bon ajouter que l’académie "surconsommait" des AED et pour finir que le ministère "aurait pu supprimer beaucoup plus".
Nous aurions pu croire un instant à une caméra cachée : il n’en était rien. Il s’agissait simplement de la vision du 93, qualifié de "territoire complexe et éruptif", depuis la rue de Grenelle.
Ces propos ont sonné comme une provocation à l’égard des personnels et parents d’élèves mobilisés depuis 2 ans.
La situation de la Seine-Saint-Denis pour la rentrée prochaine, c’est une saignée pour la réussite de nos élèves :
- 275 fermetures de classes sur 850 écoles, soit près d’une école sur trois qui est touchée.
- 67 suppressions de postes dans le 1er degré
- 25 ETP manquant dans le 2nd degré pour accompagner la hausse démographique
La lutte doit se poursuivre plus que jamais, en particulier dans le cadre de la prochaine rentrée qui s’annonce sous haute tension. Nous le savons : sans déblocage d’une rallonge financière extraordinaire significative, il est illusoire d’imaginer améliorer la situation de l’école publique dans notre département.
Nous avons ainsi obtenu une nouvelle audience à la rentrée. A l’heure où les bilans de rentrée dans les départements se font en DSDEN, le 93, fort de sa mobilisation depuis 2 ans, ira faire le sien au ministère, toujours déterminé et dans la lutte pour un plan d’urgence pour notre département. L’enjeu sera le budget 2027 !
Nous ne lâcherons pas l’affaire devant les provocations du ministère !
Par Daniel Schneidermann, du site Arrêts sur image, à retrouver en cliquant ICI
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Je sors de "L'abandon"
, film sur les onze derniers jours de Samuel Paty. C'est un beau film glaçant. Beau, dans sa scrupuleuse tentative de justesse, ce respect du minute par minute de l'engrenage qui va broyer le prof d'histoire-géo, ce saut d'un point de vue à l'autre : Paty, la principale du collège prise en tenaille, et la collégienne menteuse, et ce père de famille, et les institutions elles même, du rectorat à la police.
Je pose d'emblée que je l'ai aimé, parce qu'il va de soi que tout discours sur ce film que vous lirez ou entendrez, parlera d'autre chose que du film lui-même. Quand vous lirez qu'il colle "trop" à la réalité, et que ce n'est donc pas un vrai film
, on ne vous parlera pas du film. Quand vous lirez qu'il sort mal à propos, que ce n'est pas le bon timing à un an des présidentielles
, vous saurez qu'on ne vous parle pas du film. Ce film, sur ce sujet, est un aimant à mauvaise foi, à polémiques à tiroirs, et à attaques perverses plus ou moins embrouillées contre le camp d'en face. Nous connaissons tout cela par coeur.
Dossier 
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En bon islamogauchiste, averti du fait que le film est adapté d'un livre-enquête de Stéphane Simon, par ailleurs producteur borderline, scotch à polémiques promotionnelles, auquel sont associés les noms de Michel Onfray et Marine Le Pen (il s'en explique...chez Pascal Praud), j'aurais adoré trouver des points d'accroche. Je n'en ai pas.
La stigmatisation des musulmans ? Mais cette collégienne écervelée, prisonnière de son mensonge, a-t-elle été inventée ? Ce père de famille bas du front, a-t-il été inventé ? Ce prédicateur islamiste Tiktok, boutefeu opportuniste, a-t-il été inventé ? Et le loup solitaire tchétchène exécuteur (par ailleurs à peine esquissé dans le film), a-t-il été inventé ? L'abandon
prend par ailleurs soin de montrer d'autres musulmans (une mère d'élève, une animatrice de radio), se faisant défenseurs de Paty, une fois établi le mensonge de la collégienne délatrice.
Si j'étais mauvais esprit, je pourrais presque soupçonner les auteurs de s'évertuer à construire le film le plus rigoureux possible pour tendre un piège à la gauche bien pensante, ou à l'image qu'ils s'en font, et la choper en flag de déni de "réalité". Raté. Ou quasi-raté. Car pas de chance, la "gauche bien pensante"
, de Libé
à Télérama
, a globalement apprécié le film à Cannes, ou bien s'est prudemment (Le Monde
) gardée de toute appréciation. Ce qui n'empêche pas les snipers ordinaires d'extrême droite, de Marianne
à Boulevard Voltaire
, d'inventer des éreintements imaginaires pour y déceler dans tel adjectif vaguement réservé leur "on ne peut plus rien dire"
préféré.
Quand je disais que je n'avais aucun point d'accroche, ce n'est pas tout à fait vrai. La seule malhonnêteté du film, c'est son titre. L'abandon
, cela suppose que Samuel Paty a été abandonné de tous. Et on voit bien que le film adorerait prouver cet abandon, et l'expliquer par une complaisance générale envers l'islamisme. Il cherche. Il creuse : les profs du collège, la police, le rectorat. Mais on voit aussi qu'il y échoue, et prend acte honnêtement de cet échec (sauf dans le titre, justement). La police et le rectorat ? Oui, ils négligent les alarmes de la principale du collège, alors que grimpent les vues des vidéos de haine contre le prof "voyou". Mais ce n'est pas par complaisance avec l'islamisme. Ils sont débordés, coincés dans leurs procédures et leurs problèmes d'effectifs. Surtout, le phénomène du cyber-harcèlement et de la haine en ligne passe largement sous les radars de ces institutions, frileuses et structurellement en retard sur la société, comme toutes les institutions. A leur décharge, on se situe à l'époque, par définition, avant
l'assassinat de Samuel Paty, événement charnière en la matière, comme les attentats de 2015.
Restent les profs. Comment la communauté éducative du collège est-elle montrée ? Avec équité, me semble-t-il. Deux anti-Paty virulents, deux pro-Paty solidaires, et un marais lourdement silencieux. Sans avoir enquêté sur place, ce partage me parait vraisemblable. Les deux anti-Paty le sont-ils par lâcheté, ou par réprobation sincère de la démarche du collègue (construire un cours sur les caricatures de Charlie
, proposer de sortir pendant la projection aux élèves qui, pourraient en être "choqués") ? Sans l'affirmer, le film semble pencher pour la lâcheté (le prof anti-Paty s'excuse piteusement devant ses propres élèves pour la "maladresse" de son collègue). C'est en dire trop, ou pas assez.
Je serais prof, bien sûr que je diffuserais largement le film dans mes classes, en le faisant suivre d'un débat critique. Montrer, critiquer : ce serait, à mes yeux, un hommage plus fidèle à la propre démarche pédagogique de Paty lui-même, et un geste de prévention plus efficace contre la mécanique de la haine en ligne, la manière dont un bad buzz peut muter en fatwa, plutôt que de panthéoniser cet honnête homme, qui n'a jamais recherché l'héroïsme.
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