Plus d’un million de sapins sont produits chaque année dans le Morvan. Avec son lot de pesticides. « Oui il faut garder et créer des emplois, mais pas à n’importe quel prix », alerte Muriel André-Petident, du collectif d’habitants du Morvan.
En achetant un sapin de Noël, vous détruisez un peu de prairies, un peu de forêts, un peu d’eau, un peu du Morvan. Depuis le début de l’industrialisation, il y a plus d’un siècle, le Morvan subit un pillage de ses ressources.
Aujourd’hui, la pression sur ses richesses s’affole : coupes rases de forêts, de feuillus, enrésinement massif, monocultures, suppression progressive de l’élevage et de parcelles agricoles au profit de panneaux photovoltaïques, méthanisation à grande échelle, monoculture intensive et polluante de sapins de Noël... Les seuls arguments, perpétuant de facto la surexploitation et donc la destruction du territoire, restent l’emploi et le sempiternel « on ne sait pas faire autrement ».
La monoculture intensive détruit les sols
Le Morvan est à cheval sur les quatre départements bourguignons. C’est un massif granitique vallonné avec très peu de terre arable et pas, ou très peu, de nappes phréatiques. 1,2 million de sapins sont produits par an dans le Morvan. On déterre un sapin, on en plante un autre, on arrose d’engrais chimiques et autres pesticides, on épuise les sols, pour toujours davantage de rendements.
Imaginez des cultures de sapins sur sol pentu sans un brin d’herbe, avec des passages d’engins répétés pour les sept à dix traitements chimiques de synthèse annuels (fongicides, insecticides, herbicides...). Sur la terre à nu, l’eau ravine, le sol est lessivé et les produits s’écoulent dans les sources, dans les ruisseaux et les rivières. Les systèmes racinaires des sapins de Noël, affaiblis par les traitements, ne sont pas suffisamment denses et solides pour jouer leur rôle. Les sources sont polluées. Certains villages n’ont plus d’eau potable.
Il y a de quoi être inquiet. Après des jours de débats à la COP27 de Charm el-Cheick, qui succèdent à des mois de tractations, la montagne COP a accouché une nouvelle fois d’une souris. Non pas que le sujet soit simple et qu’il suffise de quelques palabres pour trouver une issue à un problème complexe. Et bien sûr, la recherche de la « justice climatique » pour les pays du Sud, exploités depuis des siècles au profit de ceux du Nord, qui aura occupé une large part des négociations, est un sujet essentiel. Il est juste qu’un pays comme le Pakistan, qui a subi les pires inondations de son histoire, puisse bénéficier de fortes aides. Ce pays qui émet moins de 1 % des émissions de gaz à effet de serre est aussi l’un des territoires les plus vulnérables au changement climatique. Une péréquation mondiale est nécessaire et la naissance d’un fonds d’aide financière aux pays vulnérables, ravagés par les effets d’un réchauffement climatique dont ils ne sont pas responsables, est une bonne nouvelle.
Mais les discussions internationales sont très loin du rythme de l’accélération phénoménale du changement climatique et de ses effets. Les ravages au Pakistan auraient dû amener toutes les parties à une autre conclusion : nous n’avons plus le temps. Le secrétaire général de l’ONU lui-même avait eu ces mots très forts au début de la conférence : « L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif. » Or, à l’issue de la COP, il n’a pu que constater que les négociations concernant la lutte contre le changement climatique lui-même, c’est-à-dire la baisse des émissions de gaz à effet de serre, sont restées au point mort. Si l’objectif de maintenir le réchauffement planétaire à 1,5 °C a été repêché in extremis pour figurer dans le texte final de la COP27, ce n’est que pour éviter un effet de communication désastreux et une incapacité par trop visible à avancer. Selon les experts, nous allons vers un réchauffement estimé à 2,4 °C. Un seuil aux conséquences catastrophiques et donc très loin des objectifs affichés il y a maintenant sept ans à Paris. « L’objectif de 1,5 °C ne consiste pas simplement à maintenir un objectif en vie, il s’agit de maintenir les gens en vie », résume le secrétaire général de l’ONU.
Les résultats de la COP se lisent également à ce que son texte final ne dit pas. On cherchera en vain une référence à la sortie progressive des énergies fossiles. Et ce qui pourrait apparaître comme un simple détail rhétorique n’en est pas un. En refusant de mettre les fossiles à l’index, les puissants de ce monde viennent tout simplement d’ignorer sciemment la cause de ce qu’ils sont censés combattre. Les centaines de lobbyistes qui ont fait le voyage en Égypte ont eu le dernier mot. Les entreprises de l’énergie, si puissantes dans le capitalisme actuel, sortent indemnes de Charm el-Cheick. C’est du moins ce que leurs dirigeants croient, aveuglés par la logique du profit immédiat. Or, le sujet du réchauffement climatique a cela de particulier que personne n’en sortira indemne. « Coopérer ou périr », « pacte de solidarité ou suicide collectif », la surdité des multinationales à ces enjeux prouve une fois encore que l’avenir de la planète est un sujet bien trop sérieux pour le laisser entre leurs mains. Reprendre le pouvoir sur les outils de la transformation écologique semble donc la plus raisonnable des mesures pour accélérer dans cette course décisive.
Voilà douze ans que deux salariés de la coopérative agricole Triskalia ont porté plainte, suite à leur intoxication aux pesticides. Sortis victorieux de leurs démarches côté civil, ils attendent toujours que la justice pénale se prononce.
Les victimes de pesticides auront-elles droit un jour à un procès pénal ? Stéphane Rouxel et Laurent Guillou le souhaitent ardemment. Anciens salariés de la coopérative agricole Triskalia, ils ont été intoxiqués en février 2009 sur leur lieu de travail, puis en février et mai 2010 [1]. Quelques mois plus tard, ils ont déposé plainte pour empoisonnement. D’abord classée, puis jugée irrecevable avant d’être finalement instruite, leur plainte a donné lieu à une longue enquête, qui a connu divers rebondissements avant d’être définitivement close en avril 2022. Ils attendent maintenant l’avis du procureur. Va-t-il décider de poursuivre, ou non, les personnes mises en cause ? Est-ce que Triskalia, aujourd’hui fondue dans l’immense groupe agroalimentaire Eureden, devra rendre des comptes ?
Saignements de nez, céphalées et maux de ventre
« Le procureur devrait nous donner une réponse. Cela dure quand même depuis 2010 », retrace Stéphane Rouxel. Cette année-là, « deux petits ouvriers portent plainte contre une grosse boîte pour empoisonnement », explique-t-il pour résumer « l’affaire ». Tout a commencé en février 2009, à Plouisy, commune située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Nous sommes sur le site agro-industriel de la coopérative Triskalia, où on stocke et transporte des céréales destinées à l’alimentation animale. Deux filiales, qui appartiennent à Triskalia, se partagent le travail : Eolys se charge du stockage, tandis que Nutrea transforme et transporte.
« On était vraiment mal. Il fallait qu’on s’éloigne pour ne pas tousser et avoir des plaques sur le corps. On s’est dit que ce n’était plus possible. »