Facisme sanitaire 

Ce ne serait qu'un nouveau trop long dossier du Point qui justifie encore les réformes scélérates sur la santé, et on commence à avoir l'habitude ; après tout, ce torchon sarkozyste s'est fait une spécialité dans la légitimation de l'innommable tout en se distinguant par sa constante et infatigable haine de classe.
Mais.
On a mine de rien peut-être franchi une étape importante puisqu'il est fait mention de Pierre Le Coz, dont on nous dit qu'il est rien moins que "Agrégé de philosophie, docteur en sciences de la vie et de la santé et vice-président du Comité consultatif national d'éthique".

Les propos qui lui sont prêtés évoquent tout simplement le droit de vivre... ou de crever.



"Avec le vieillissement de la population-que l'on n'a pas correctement anticipé-et la multiplication des pathologies associées à l'allongement de la vie, on s'inquiète des dépenses à venir. Nos ressources n'étant pas illimitées, il faut essayer de les répartir de façon plus rationnelle. Aujourd'hui, on est bien obligé d'admettre que, si la santé n'a pas de prix, elle a un coût. Et les médecins doivent désormais tenir compte du prix des médicaments dans leurs décisions. Notre vision va devenir "sacrificielle" : il vaut mieux correctement prendre en charge un père de famille de 40 ans, qui est rentable pour la société, qu'une personne de 80 ans qui n'a plus toute sa tête. C'est évidemment un constat tragique. Mais nous n'avons pas le choix.



En présentant Pierre Le Coz, le journal profite de l'autorité d'un monsieur cultivé et diplômé, qui a voix au chapitre dans des institutions qui comptent, on pourrait le prendre comme exemple d'un libéral "raisonnable", et d'ailleurs, n'exprime t-il pas ce point de vue (tout de même audacieux, reconnaissons lui cela) de façon pondérée ?

Mais le texte ne nous explique pas moins que le seul critère valable pour juger de la valeur d'une personne, c'est sa rentabilité.
Si on te considère comme rentable, tu as le droit de vivre.
Si tu n'est plus rentable, tu a le droit de crever.

Et oui, en effet, ça va très loin.

Puisque si on tire le fil du raisonnement, ça revient à partager en deux la population entre "utiles" et "inutiles" ; entre deux catégories tranchées dont il sera estimé (ou pas...) laquelle a le droit d'être soignée, et laquelle ne l'a pas.
Poussons encore la logique : tu est en pleine forme et tu travailles ; tu es donc "rentable pour la société".
Tu as un accident de voiture qui te prive, mettons, de l'usage de tes membres.
Tu deviens de facto inutile pour la société : tu n'est plus un membre productif de la collectivité. La question se pose donc, de façon parfaitement censée et raisonnable, de de laisser continuer à vivre puisque tu est désormais un fardeau pour les autres : il faudra payer pour que tes soins, tes médicaments, ton fauteuil électrique, tes auxiliaires de vie, en somme tu est passé de la colonne "actif" à la colonne "passif".

Pareil si tu attrapes une maladie longue et difficilement curable.
"Utile".
"Inutile".

Et mine de rien, ce qui est proposé, sous un jour libéral on ne peut plus censé et raisonnable, en fait, vous savez ce que c'est ?
Du fascisme sanitaire.
Voilà ce que c'est.

Ou les présupposés du néolibéralisme poussés dans ses propres logiques, puisque si on considère chacun comme objet ayant pour but d'être "rentable", il est en effet parfaitement cohérent de décider qu'on doit se débarrasser sans trop d'états d'âmes de celui qui ne l'est plus.

Et c'est ça, la réalité concrète de ce si joli libéralisme dont on nous chante les vertus : la division entre ceux qui auront le droit de vivre, et ceux qu'on va laisser mourir.

Mais à ceux qui vont vouloir m'expliquer qu'en fait, non, c'est pas ça, le libéralisme c'est joli et c'est beau, et bien...
Je vous souhaite bonne chance.
Parce que c'est pas gagné pour me convaincre.

Il faut préciser que Pierre Le Coz a fermement démenti avoir tenu ces propos (http://www.plumedepresse.com/spip.php?article827)

Cet article modifie un texte paru à cette adresse,  article qui ne tenait pas compte du démenti de Pierre Le Coz : http://comite-de-salut-public.blogspot.com/2008/07/fascisme-sanitaire.html

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