Ils veulent écraser Jérome Rodriguez !

 

Jérôme, notre Jérôme a été arrêté ce dimanche. Une nouvelle fois, mis en garde à vue (quel mot pour quelqu'un à qui un oeil a été crevé par les « Forces de l'Ordre » !) Tout, ou presque, nous est donné à voir, en direct, l'arrestation pour des motifs futiles, le Tribunal en sortie. Il manque la cellule, ses odeurs de pisse et de merde, les nourritures dégueulasses, le fonctionnaire à relents de Gestapo. Mon mot est pesé, j'y reviens rapidement.
Jérome est à la fois d'une immense force et d'une grande faiblesse. Nous le savons. Nous sommes témoins de sa détermination de Gilet Jaune. Il arrive que nous voyons ses pleurs, ses cris de désespoir et ses besoins de tendresse. Un homme, un homme du peuple, fragile et ampli de force. Un Résistant. Je suis souvent d'accord avec ses propos, pas toujours. Toujours je l'écoute et le respecte, parce que je me sens respecté par lui à la différence de la caste du système médiatique. Que l'on partage ou pas les idées de Jérôme il est des notre et nous avons une responsabilité collective à le protéger, à ne pas laisser fonctionner le piège.
Jérome s'est fait arracher un oeil par un tire de LBD et peut être, peut être et on ne sait quand, va t il obtenir justice pour ce fait. Lorsqu'il commence à expliquer que régulièrement il croise des Policiers l'appelant « nonoeil » j'ai eu du mal à le croire. Et puis il a commencé à porter une caméra et là éberlué j'ai été témoin. Quelle infamie ! Quelle inhumanité ! M'interrogeait encore la répétition de cet infâme « incident ». Les corps de Police se seraient ils donné le mot ? Un syndicat fascisant aurait-il passé la consigne ? Et arrive cette arrestation. Elle porte la preuve que les ordres viennent de haut. Elle témoigne qu'il y a une volonté destructrice de l'individu, de Jérôme. Abattre pour l'exemple, comme le fut Jules Durant au Havre au siècle dernier. Le docker charbonnier Jules Durant, grande figure du port, accusé injustement et qu'ils firent craquer en prison, qui enfin innocenté va finir enfermé en Hôpital Psychiatrique. 

Je renvoie à l'histoire, à ses ignobles drames, à la Gestapo, pour que chacun entende. Ce qui se joue là est terriblement grave. Des arrestations trafiquées, le Droit piétiné, ce n'est pas la première de l’ère Macron. Là un cran de plus est franchi, l'objectif est au delà de faire peur, décourager. Il s'agit de briser un homme.
Il y a donc l'arrestation elle même pour « manifestation non déclarée ». Les gars sont trois, ne se connaissent pas ou à peine (l'un, photographe, connaissait Jérôme). Le motif est fabriqué de toute pièce. Les choses ne s'arrêtent pas là, arrive la garde à vue au Commissariat, outre que « curieusement » les deux autres sont rapidement relâchés, ça ne se passe pas « normalement » pour notre Jérôme. Je connais un peu la garde à vue pour y avoir eu droit. Les fonctionnaires y sont usuellement blasés, appliquent les ordres sans enthousiasme et beaucoup profitent d'instants disponibles pour échanger quelques mots. Pour ces fonctionnaires là le quotidien est usuellement occupé par les délires alcooliques, par les désespoirs hurlés... alors lorsqu'arrive des manifestants même récalcitrants c'est presque apaisant. Il y a le couillon qui m'amène au toilette et rit de mon pêt bien audible avec les portes très courtes. Plus bête que méchant. Le traitement qu'a eu à affronter Jérôme est d'un autre ordre. Les insultes, les mépris, les refus... Ce traitement n'est pas seulement illégal, il est voulu, il est recherché, il est calculé. Calculé pour faire craquer. Les fonctionnaires qui ont sévi pour Jérôme n'étaient pas de simples couillons, ils étaient en mission.
C'est dur la Garde à Vue, c'est fait pour ça. J'en témoigne alors que ça glisse sur moi. Rien de cela ne peut m'atteindre tant j'y ai été préparé, depuis l'enfance. Mon père prisonnier des Allemands, les Résistants Communistes du Havre, les vieux militants Cgt rappelant Jules Durant (et la pièce de théâtre d'Yvon Birster), mes propres arrestations pour crime de collage d'affiche ou de distribution de tracts... et d'envahissement d'un Consulat. Mais mon histoire est particulière, le commun des gens est impressionné par une arrestation, le menottage, la mise en cellule, les odeurs infâmes qui vous imprègnent, l'interrogatoire à 3 heures du matin, l'enfermement interminable sans repères pour se situer dans le temps, la fragilité devant des policiers qui se permettent toutes les questions, les menaces (si vous ne savez pas dire stop en les regardant dans les yeux avec un sourire).
Et puis il y a la solitude, l'isolement. La solitude et l'isolement hors du temps, sans rien à faire juste penser. J'avais constaté comme c'était difficile pour un étudiant passant par là. Ca peut être si difficile que des Résistants n'ayant pas parlé sous la torture avaient craqué dans cette solitude. J'ai trouvé ce témoignage dans un livre de R. Slocombe ou G. Perrault, je ne sais plus. A cette torture Jérôme est une proie facile, et ils le savent, ils l'ont repéré. Ils mordent.
Le bourreau silencieux se met à l'oeuvre, seule notre dénonciation peut retenir sa main haut placée. Ne laissons pas ce crime d'Etat se faire.

Serge Grossvak, maintenant je suis Jérome

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