par Lisa Lugrin

 

Le 2 mai, une délégation zapatiste a quitté le Mexique en bateau pour rencontrer en juin et juillet des acteurs des luttes sociales à travers l’Europe. Lisa Lugrin raconte ce périple en BD. Basta ! publie ici le troisième épisode.

En octobre 2020, les zapatistes ont annoncé qu’ils iraient à la rencontre des résistances et des rébellions sur les cinq continents et qu’ils commenceraient leur tournée par l’Europe.

Le 2 mai 2021, une première délégation a quitté le Mexique : quatre femmes, deux hommes et une personne transgenre ont embarqué à bord du bateau dénommé La Montagne pour une traversée qui devrait les mener jusqu’aux rivages européens, à Vigo (Espagne), dans la seconde moitié du mois de juin. Ils devraient alors être rejoints par une ample délégation de plus de cent zapatistes, aux trois quarts des femmes, auxquels se joindront des membres du Congrès national indien et du Front des villages en défense de la terre et de l’eau des États de Morelos, Puebla et Tlaxcala.

Durant tout l’été et peut-être une partie de l’automne, ils sillonneront l’Europe, pour participer aux rencontres et activités préparées depuis des mois par des centaines de collectifs et d’organisations, dans les nombreux pays où ils ont été invités : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Catalogne, Sardaigne, Chypre, Croatie, Danemark, Slovénie, État espagnol, Finlande, France, Grèce, Pays-Bas, Hongrie, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays basque, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, Roumanie, Russie, Serbie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine (pour en savoir plus sur ces préparatifs en France, voir ici et ici pour les soutenir financièrement).

Cette visite est historique car, si depuis le soulèvement du 1er janvier 1994, de nombreuses personnes se sont rendues au Chiapas pour participer aux initiatives zapatistes et en apprendre davantage sur cette singulière utopie réelle, c’est la première fois que les zapatistes prennent l’initiative d’aller ainsi à la rencontre des luttes partout où elles se déroulent, en Europe et dans le monde.

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par Nadège Mazars

En Colombie, le retrait de la réforme fiscale à l’origine des manifestations n’apaise en rien un peuple révolté par les exactions des forces de l’ordre, qui ont tué au moins 37 personnes. Le pays tout entier est au bord de l’explosion.

Sur la place Bolivar, dans le centre de la capitale colombienne, un groupe de manifestants chante à tue-tête « Duque Ciao », en référence au président Ivan Duque, sur l’air de la célèbre chanson révolutionnaire italienne Bella Ciao. C’est le huitième jour de mobilisation en Colombie. Les marches se sont déroulées dans toutes les grandes villes du pays. Pourtant, le projet de réforme fiscale, qui prévoyait entre autres une hausse de la TVA sur des produits de première nécessité, a été suspendu dimanche dernier par le président Ivan Duque. Alors que se passe-t-il ? Une répression toujours plus grande qui a déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. Et un pays au bord de l’explosion depuis plusieurs mois.

Les situations de mobilisations sont multiples, se déroulant en plusieurs points des villes, avec également des blocages sur les routes. Étudiants, syndicalistes, transporteurs, mouvements autochtones, paysans et afro-descendants se sont unis aux quatre coins du pays. Quand une marche arrive dans le centre de Bogotá, une autre, à son extrême nord, cherche à atteindre la maison du président Duque, située dans les beaux quartiers. Les manifestants sont plutôt jeunes. Aux fenêtres, au passage des cortèges, de moins jeunes se montrent pour entamer des cacerolazos (concert de casseroles) et encourager les marcheurs. Cali, troisième ville du pays, est l’épicentre du mouvement. C’est aussi l’endroit où la répression s’est abattue le plus violemment, notamment la nuit, dans les quartiers populaires, quand la police débute ses rondes.

Une répression qui fait des dizaines de morts

Les informations sur ce qui s’y passe sont difficiles à obtenir et à vérifier. Les vidéos circulant sur les réseaux sociaux sont nombreuses et effrayantes. Corps au sol, ensanglantés et inanimés ; policiers en groupe d’intervention armés de fusils de guerre ; trajectoires lumineuses de balles tirées en rafale et transperçant la nuit ; bâtiments en feu et explosions. Les réseaux sociaux s’enflamment d’autant plus que les informations rapportées par la plupart des grands médias colombiens sont minimisées et biaisées. Le 3 mai, seul le tabloïd Q’Hubo, spécialisé dans les couvertures sensationnalistes et les morts violentes, semblait s’inquiéter de la violence d’État en interrogeant en Une les autorités quant à la mort de 22 personnes. Depuis, le bilan s’est aggravé. L’ONG Temblores décomptait, mercredi 5 mai au matin, 37 victimes d’homicides, quand les autorités parlent de 24 morts. Temblores indique aussi 1708 cas de violences de la part des forces de l’ordre. Des dizaines de disparitions ont été signalées…

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PAR SAMY ARCHIMÈDE 26 FÉVRIER 2019

 

En janvier 2009, le LKP, collectif contre la « profitation », déclenchait la plus longue grève générale de l’histoire guadeloupéenne : 44 jours pour exiger la fin de l’héritage colonial, responsable de la vie chère. Sous la pression populaire, l’État et les collectivités signaient, le 26 février 2009, un accord instaurant une hausse de 200 euros des bas salaires. Un protocole comportant 165 points d’accord était paraphé par le préfet et les élus locaux. Accès à l’emploi, lutte contre la vie chère, création d’un prix unique de l’eau, indemnisation des victimes de pesticides… Dix ans plus tard, la plupart de ces engagements n’ont pas été respectés. Retour sur une lutte, et sur ses promesses trahies.

Il n’y a pas foule ce matin devant le palais de la mutualité, à Pointe-à-Pitre. L’appel à « reprendre le chemin de la lutte » lancé par une trentaine de syndicats et d’associations ce samedi 2 février 2019 n’a pas convaincu les Guadeloupéens. C’est donc un cortège modeste qui met le cap sur le centre commercial Carrefour Milénis. Depuis plus de deux mois, l’hypermarché est en proie à un conflit social tendu. Sur les visages des manifestants, beaucoup de colère, de la rage aussi. « Despointes, voleur, Despointes, esclavagiste ! » Jean Huygues-Despointes, propriétaire de cet hypermarché Carrefour, est dans le collimateur de la CGTG et de l’UGTG, les deux principales organisations syndicales de Guadeloupe. Elles exigent notamment que tous les salariés gagnant moins de 1,4 Smic bénéficient de la hausse de salaire de 200 euros prévue dans l’accord interprofessionnel sur les rémunérations, signé il y a dix ans, le 26 février 2009. Il y a là, effectivement, de quoi s’impatienter.

 

 

L’accord « Jacques Bino » – du nom du syndicaliste de la CGTG tué par balles le 17 février 2009 dans des circonstances toujours pas élucidées – symbolisait à lui seul la victoire du LKP, le « collectif contre l’exploitation outrancière », qui a conduit la plus longue grève générale de l’histoire de l’archipel au nom de la lutte contre la vie chère [1]. Ce mouvement social de 44 jours a aussi été un grand moment de vérité, révélant au public l’étendue de l’exploitation exercée en Guadeloupe par quelques descendants de colons. Une semaine plus tard, le 4 mars, un second accord plus étendu, historique, était conclu avec l’État et les collectivités sur 165 points, reprenant presque intégralement les revendications du LKP.

La hausse de 200 euros des bas salaires : « Une très grande victoire »

Hausse de 200 euros des bas salaires, hausse des minimas sociaux, baisse des prix des produits de première nécessité, baisse de 43 centimes du litre d’essence, baisse de 5 à 10 % des tarifs bancaires, baisse de 3 à 10 % du prix de l’eau, gel des loyers… Les deux accords de fin de conflit ont suscité beaucoup d’espoir. Il fallait encore que l’État et les collectivités territoriales lui donnent une traduction réelle. Élie Domota, toujours secrétaire général de l’UGTG et leader du LKP, veut retenir la « très grande victoire » que constitue la signature de l’accord Bino, grâce à laquelle « plusieurs dizaines de milliers de travailleurs ont obtenu une augmentation de salaire ».

Élie Domota, leader du LKP

Pourtant, comme le montre le conflit à Carrefour Milénis, l’application de cet accord reste un combat de tous les jours. La hausse de 200 euros des bas salaires devait être financée pendant les trois premières années par l’État, les collectivités et les entreprises. Puis par les entreprises seules, en vertu d’une clause de convertibilité. Or, dès le 10 avril 2009, cette clause a été retirée de l’arrêté ministériel censé entériner l’accord. Résultat : certaines entreprises versent 200 euros, d’autres rien du tout. D’autres encore, ont signé leur propre accord. « l’État a institué une discrimination entre les salariés et une distorsion de concurrence entre les employeurs », déplore Élie Domota.

L’alimentaire 42 % plus cher que dans l’Hexagone, la téléphonie 60 %

Gilets jaunes avant l’heure, les Guadeloupéens qui sont descendus en masse dans la rue en 2009 avaient mis le pouvoir d’achat en tête de leurs priorités. La vie est-elle devenue moins chère depuis ? Le prix des carburants, déclencheur de la révolte, a incontestablement baissé. Il est aujourd’hui inférieur d’environ 20 centimes au prix moyen pratiqué dans l’Hexagone. Les produits de première nécessité, en revanche, ne semblent pas avoir diminué. La dernière étude comparative de l’Insee sur les prix à la consommation, publiée en 2016, relève des prix de l’alimentaire supérieurs de 42 % à ceux de l’Hexagone, si l’on prend comme référence le panier métropolitain.

Pour les autres produits, c’est encore pire. Dans la téléphonie, l’écart atteint 60 %. Quant aux pièces détachées automobiles, leur prix passe facilement du simple au double en traversant l’Atlantique. « C’est un marché captif », soupire Victorin Lurel, sénateur socialiste de la Guadeloupe et ancien ministre des outre-mer. Un marché contrôlé par la famille Hayot, la plus riche des Antilles.

L’échec d’une politique misant exclusivement sur « le marché et la concurrence »

En dépit des engagement pris par les pouvoirs publics, aucun suivi régulier des prix n’a été réalisé. Un Bureau d’études ouvrières (BEO) intégrant syndicats et associations de consommateurs a bien vu le jour, conformément au protocole du 4 mars 2009, mais il a dû jeter l’éponge, l’État n’ayant pas payé sa contribution... Nommé ministre des outre-mer à l’arrivée au pouvoir de François Hollande, Victorin Lurel jette le BEO aux oubliettes et met tous ses espoirs dans sa loi du 20 novembre 2012, dite de « régulation économique dans les outre-mer », ou loi Lurel. Parmi ses objectifs : faire la chasse aux pratiques anti-concurrentielles et instaurer un « bouclier qualité prix » (BQP), censé modérer les prix des produits de grande consommation. Victorin Lurel, interrogé par Basta !, en résume la philosophie : « Le marché et la concurrence restent les seuls facteurs pour faire baisser les prix et préserver le pouvoir d’achat. (...) Les prix administrés, ça ne marche plus, c’est d’un autre temps. »

Aujourd’hui sénateur PS, l’ancien ministre admet que son texte, plus de six ans après, n’a pas permis d’établir une « concurrence effective » dans les outre-mer. Ni de de s’attaquer aux marges abusives et aux abus de position dominante. L’import et la distribution restent dominés par deux familles, les Despointes et les Hayot. Quant au BQP, « il n’a servi à rien », enfonce Jean-Yves Le Merrer, président de l’Association de défense, d’éducation et d’information du consommateur (Adeic) en Guadeloupe. Selon l’Adeic, certains produits du bouclier sont souvent en rupture de stock. L’association pointe également des écarts de prix injustifiés entre deux magasins d’une même enseigne. Pour Jean-Yves Le Merrer, « la loi Lurel est inapplicable. »

53 % des jeunes guadeloupéens sans emploi

Fin janvier 2019, Victorin Lurel a déposé deux amendements au Sénat pour améliorer sa loi. Mais « au pôle concurrence des Direccte [2], les agents ne sont même pas assez nombreux pour aller sur le terrain », regrette le sénateur. Dans le protocole du 4 mars 2009, l’État s’était pourtant engagé à « augmenter le nombre d’inspecteurs et contrôleurs de la concurrence et de la répression des fraudes pour créer une brigade de contrôle des prix ». Le 20 décembre 2018, 6 ans après le vote de la loi Lurel, Bruno Le Maire et Annick Girardin ont nommé un délégué à la concurrence en outre mer. Une décision qui sonne comme un aveu d’échec.

Si la « vie chère » est un mal récurrent outre-mer, le chômage l’est tout autant, et particulièrement celui des jeunes. En 2009 selon l’Insee, 55% des Guadeloupéens âgés de 15 à 24 ans étaient sans emploi. En 2017, ils étaient encore 53%. Année après année, Élie Domota continue de dénoncer le sacrifice d’une jeunesse désœuvrée, ainsi que la préférence trop souvent donnée, selon lui, aux métropolitains et aux étrangers dans l’attribution de certains postes. « Le chantier EDF à Jarry, ce sont des Espagnols qui ont travaillé dessus. Et sur le chantier du nouveau CHU, pourquoi les autorités, les élus, n’ont pas fait en sorte que les Guadeloupéens soient dignement formés pour occuper un certain nombre d’emplois ? »

Quel avenir pour les jeunes dans cet archipel qui a conservé la structure d’une économie de plantation et où domine l’emploi administratif ? « Nous avons un gros problème de création de valeur », juge Willy Angèle. Aujourd’hui dirigeant d’une société de conseils, il était président du Medef Guadeloupe au moment du mouvement social de 2009 et n’a pas signé à l’époque l’accord d’augmentation de 200 euros des bas salaires. Insoutenable économiquement, selon lui. « Notre économie marche sur une seule jambe, explique-t-il : la consommation. Et celle-ci est nourrie essentiellement par des transferts de fonds publics. Quand on a créé les départements d’outre mer en 1946, on avait deux options : construire le développement économique ou faire du transfert social. On a choisi la deuxième option. »

« Nous payons pour être empoisonnés ! Et nous payons chèrement »

Willy Angèle oublie de dire que l’égalité des droits sociaux en outre-mer a été un long combat. Ainsi, les Guadeloupéens n’ont bénéficié du Smic et du RMI métropolitains qu’en 1996 et 2002, respectivement. Bien longtemps après leurs compatriotes de l’Hexagone. Pour l’ex-président du Medef Guadeloupe, l’île aux belles eaux est resté « un pays en développement » faute d’investissements suffisants. Sur ce point, l’état actuel du réseau de distribution d’eau potable lui donne malheureusement raison.

Se lever, vouloir prendre sa douche... mais pas une goutte ne sort du robinet. Voilà une situation tout à fait banale dans la Guadeloupe de 2019. Les « tours d’eau », ces coupures organisées pour pallier la vétusté du réseau, n’épargnent personne. En raison de l’état désastreux des canalisations, selon la préfecture deux litres sur trois n’arrivent pas au robinet ! Premières responsables : les collectivités, qui ont en charge leur gestion depuis la loi de décentralisation de 1982. De plus, « les compteurs sont défaillants et notre eau contient des pesticides, de la boue et des engrais », dénonce Germain Paran, président du Comité des usagers de l’eau de la Guadeloupe. « Nous payons pour être empoisonnés ! Et nous payons chèrement », s’emporte-t-il. Selon la préfecture, « 70% des stations de traitement des eaux usées ne sont pas conformes »à la réglementation.

État désastreux du réseau de distribution d’eau potable

En Guadeloupe, le prix du mètre cube peut doubler d’une commune à l’autre. Le réseau d’eau potable souffre non seulement d’un grave sous-investissement, mais aussi de la multiplicité des acteurs en charge de sa gestion. Les associations militent depuis dix ans pour la création d’un syndicat unique de gestion. En vain. Un rapport d’audit interministériel publié en mai 2018 estime qu’il faudrait investir au minimum 50 millions d’euros par an « pour commencer à rattraper un peu le retard pris dans le renouvellement » du réseau. Problème : les intercommunalités sont mal en point. A commencer par la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbes (autour de Basse-Terre), qui traîne une dette de 75 millions d’euros [3].

Une île toujours malade du chlordécone

Le Préfet Philippe Gustin est inquiet. La population guadeloupéenne est en baisse et les projections ne sont pas bonnes. Au cours de la prochaine décennie, l’archipel pourrait perdre jusqu’à 50 000 habitants, soit un habitant sur huit. « On savait que les jeunes diplômés quittaient la Guadeloupe, mais les jeunes non diplômés aussi, tout comme les anciens (…), parce que l’environnement qui leur est offert ne les satisfait pas. » Et là encore, on ne peut pas dire que l’État soit exemplaire en la matière.

Prenons le sujet qui préoccupe le plus les Antillais aujourd’hui : la pollution au chlordécone, un pesticide ultra-toxique utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies avec la complicité des autorités françaises [4]. Emmanuel Macron, à l’occasion du « grand débat national », le 1er février, a prétendu devant les élus d’outre-mer que le chlordécone n’était pas cancérigène. Un jeu pervers visant à éviter à l’État de devoir indemniser des milliers de personnes malades de ce pesticide, comme le demandait déjà le LKP en 2009.

 

Pendant encore plusieurs siècles, le chlordécone restera bien une menace directe pour tous les travailleurs de la banane mais aussi pour les autres habitants qui mangent des tubercules ou des légumes locaux et boivent l’eau du robinet. En 2006, déjà, l’avocat Harry Durimel, à l’époque porte-parole des Verts en Guadeloupe, déposait plainte contre X, au nom de plusieurs associations, « pour mise en danger de la vie d’autrui et administration de substances nuisibles ayant porté atteinte à l’intégrité d’autrui ». Treize ans plus tard, toujours aucune mise en examen. Pourquoi une telle lenteur ? « Parce que c’est une affaire d’État ! », lâche l’avocat. Parmi les personnes visées par cette plainte, de hauts responsables politiques sont en cheville avec les lobbies agricoles. Le 23 janvier, la proposition de loi visant à créer un fonds d’indemnisation des victimes du chlordécone, déposée par la députée guadeloupéenne Hélène Vainqueur-Christophe a été rejetée par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Les sargasses, l’autre catastrophe qui ne dit pas son nom

Depuis 2011, un nouveau fléau est venu s’ajouter aux difficultés des Guadeloupéens, restaurateurs et hôteliers notamment : les sargasses, des algues brunes, venues vraisemblablement des côtes brésiliennes, qui envahissent chaque année les plages et les marinas. En se décomposant, elles dégagent de l’ammoniac et de l’hydrogène sulfuré, un gaz mortel à très forte dose. La préfecture et l’Agence régionale de santé affirment qu’en raison des faibles émissions gazeuses, les risques encourus par les riverains sont sans commune mesure avec le phénomène des algues vertes en Bretagne. L’État refuse aux communes sinistrées de reconnaitre l’état de catastrophe naturelle car il s’agit, dit-il, d’un phénomène « récurrent ».

Récurrent, sans doute, mais de plus en plus persistant. Cette année, les premières algues sont arrivées dès le mois de janvier et ne devraient pas disparaître avant août ou septembre. Une nouvelle bataille en perspective pour Maître Harry Durimel, qui a décidé de porter l’affaire devant le tribunal correctionnel. Il compte sur une jurisprudence bien fournie en la matière. L’an dernier, par exemple, l’État a été condamné à verser plus de 500 000 euros à l’agglomération de Saint-Brieuc. Sa faute ? N’avoir pas su empêcher la prolifération d’algues vertes dans cette baie polluée depuis des décennies par l’élevage industriel. De même, l’avocat guadeloupéen considère que l’État aurait dû « mettre les moyens » pour empêcher les sargasses d’atteindre le littoral antillais.

Trois grands messes, deux lois, et la déception d’une population

En l’espace de dix ans, les outre-mer auront connu trois grands-messes : les « États généraux » en 2009, les « Assises » en 2017-2018, et le « Grand débat national » aujourd’hui. Mais aussi deux lois censées changer les choses : « contre la vie chère » en 2012, pour « l’égalité réelle » en 2017. Tout cela sans résultats tangibles. L’État, notamment, ne s’est pas donné les moyens de bousculer les pouvoirs économiques responsables de la vie chère. Tout comme il se révèle incapable de répondre aux conséquences sanitaires de l’un des plus graves scandales français de ces dernières décennies, celui du chlordécone. La gestion des problèmes d’eau potable et d’assainissement par les élus locaux s’est révélée catastrophique, tandis que la défiance entre syndicats et patronat reste forte, et toujours marquée par le fantôme de l’esclavage.

La Guadeloupe reste empêtrée dans des aspirations contradictoires : davantage d’égalité avec la métropole, et davantage d’autonomie aussi. En clair : plus d’État et moins d’État... Aujourd’hui déçus par les faibles résultats de leur mobilisation historique en 2009, les Guadeloupéens n’ont pas pour autant abdiqué, assure Elie Domota, le porte-parole du LKP : « Le peuple va continuer à descendre dans la rue et poursuivre son chemin vers l’émancipation. Nous ne serons peut-être plus là pour le voir, vous et moi, mais le combat continue. »

Samy Archimède (texte et photos)

Notes

[1] « Lyannaj kont pwofitasyon » signifie « collectif contre l’exploitation outrancière ». En 2009, le LKP comptait 48 syndicats et associations. Il en reste 20 aujourd’hui.

[2] Directions régionales des entreprises, de la concurrence, du travail et de l’emploi.

[3] Présidente de cette Communauté d’agglomération jusqu’à son retrait de la vie politique en janvier dernier, Lucette Michaux-Chevry est soupçonnée de détournement de fonds par la justice.

 

Déclaration de l’AFL-CIO

L’assaut meurtrier du Capitole américain par une foule cherchant à annuler les résultats d’une élection libre et juste, et qui a été encouragée et inspirée par le président Donald Trump, a été l’une des plus grandes attaques contre notre démocratie de l’histoire américaine. Et le fait que les intrus aient été autorisés à parcourir les couloirs du Congrès sans conséquence est l’un des derniers exemples de la raison pour laquelle nous devons en finir avec les courants et les adeptes de la suprématie blanche. Trump est un affront à tous les membres de nos syndicats et un danger clair et toujours présent pour notre nation et notre république. Il devrait démissionner ou être démis de ses fonctions immédiatement, que ce soit par une mise en accusation ou par le 25e amendement à la Constitution américaine. Ceci n’est pas une déclaration du mouvement syndical américain faite à la légère. Elle n’est pas motivée par la politique ou l’idéologie, mais plutôt par la conviction fondamentale que la préservation de notre démocratie est essentielle – bien qu’elle ne soit jamais complètement garantie. La haine et l’insurrection n’ont pas leur place en Amérique.

8 janvier 2021


Déclaration du président du syndicat CWA
(Communications Workers of America), Chris Shelton 

Hier, le monde a vu des insurgés armés, encouragés par le président des États-Unis, lancer une attaque contre le Capitole pour tenter de saper notre démocratie et empêcher le Congrès de certifier les résultats de l’élection présidentielle.

Deux images de leur tentative infructueuse d’invalider violemment les votes de millions d’Américains montrent clairement leurs motivations:  le drapeau confédéré dans les couloirs du Sénat et un message griffonné sur une porte, « Assassinez les médias ».

La suprématie blanche est un poison qui nous accompagne depuis la naissance de notre pays, et le drapeau confédéré en est le symbole, destiné à subjuguer et à terroriser les peuples noirs, bruns, asiatiques et insulaires du Pacifique et autochtones. C’était le but de cette foule et du président qui leur a demandé de se rassembler en son nom.

La liberté de la presse est la première cible des fascistes partout dans le monde, car ils cherchent à faire taire l’opposition et à supprimer toute information qui contredit la « réalité » alternative que leur chef narcissique crée pour soutenir son monde imaginaire raciste. La liberté de la presse est inscrite dans notre Constitution car une démocratie saine n’est pas possible sans une presse libre.

Il ne fait aucun doute que chaque jour que Donald Trump, qui détient les pouvoirs de la présidence présente une grave menace pour la sécurité de millions d’Américains et pour la stabilité de notre pays. Il a organisé une insurrection tout en ignorant une pandémie. Les législateurs et les membres du Cabinet ont prêté serment de défendre notre Constitution et ils doivent agir pour le démettre de ses fonctions immédiatement avant qu’il ne nuise davantage à notre pays et à la démocratie.

Mais il ne faut pas se leurrer. La fin de la présidence de Trump ne signifie pas la fin de la suprématie blanche dans notre gouvernement. Après avoir forcé le Congrès à fuir et vandalisé le Capitole pendant des heures, les insurgés étaient libres de sortir et de rentrer chez eux. Après leur retour au Capitole, la moitié des membres républicains de la Chambre des représentants, coupables d’avoir aidé et encouragé cette insurrection, ont voté pour renverser la volonté du peuple américain.

Beaucoup trop de politiciens ont permis à Donald Trump de construire et de maintenir son pouvoir. Les PDG et les membres du conseil d’administration, motivés uniquement par leur fortune, continuent d’extraire la richesse de notre travail et d’exploiter cyniquement le racisme à leur propre profit.

Avec la presse libre, les syndicats libres et démocratiques comme le nôtre sont la cible des fascistes qui craignent le pouvoir des travailleurs unis dans une cause commune. Nous devons rester engagés dans la lutte pour renforcer notre démocratie et résister à la suprématie blanche et au fascisme. Nous devons poursuivre le processus que nous avons entamé au printemps dernier pour approfondir nos efforts pour démanteler le racisme, y compris le racisme au sein de notre syndicat. Ensemble, nous renforcerons le pouvoir de tous les travailleurs.

7 janvier 2021


 

Déclaration de l’AFA (syndicats des personnels navigants)
sur la protection de la sécurité aérienne
après l’assaut contre le Capitole

La présidente internationale de l’Association of Flight Attendants-CWA (AFA), Sara Nelson, représentant près de 50 000 personnels de bord de 17 compagnies aériennes, a publié la déclaration suivante:

Les voyages en avion sont sûrs parce que tout le monde suit un ensemble de règles strictes, basées sur l’idée que « nous sommes tous dans le même bateau ». Le comportement de mentalité de foule qui s’est produit hier sur plusieurs vols vers la région de Washington était inacceptable et menaçait la sécurité de chaque personne à bord. Cela ne se reproduira plus. C’est pourquoi des pénalités et des amendes sévères ont été infligées pour ne pas s’être pas conformés aux instructions des membres d’équipage. Le respect des instructions assure la sécurité de tous.

Notre première priorité en matière de sûreté et de sécurité dans l’aviation est d’éviter tous les problèmes à bord. Certaines des personnes qui ont voyagé dans nos avions hier ont participé à l’insurrection au Capitole aujourd’hui. Leurs actions violentes et séditieuses au Capitole aujourd’hui suscitent de nouvelles inquiétudes concernant leur départ de la région de Washington DC. Les actes commis contre notre démocratie, notre gouvernement et la liberté que nous revendiquons en tant qu’Américains doivent conduire à l’interdiction de vol ces individus.

Dans l’aviation, nous avons un rôle important à jouer dans la sécurité nationale. Les compagnies aériennes, en coordination avec la TSA, le DHS, la FAA, le DOT et les forces de l’ordre, doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sûreté et la sécurité des passagers et de l’équipage.

6 janvier 2021


Lee Saunders, president de l’American Federation of State,
County and Municipal Employees (
employés municipaux)

Hier a été l’un des jours les plus sombres de l’histoire américaine. Ce que nous avons vu au Capitole américain, c’est l’insurrection, la sédition et la terreur permises par le président des États-Unis. Les 1,4 million de membres de l’AFSCME, qui consacrent leur vie à renforcer leurs communautés au lieu d’essayer de déchirer violemment le tissu national, condamnent fermement ces actes de vandalisme contre notre démocratie. En fin de compte, nos institutions ont fait preuve de résistance, le Congrès ayant terminé ses travaux hier soir. Dans 13 jours, à ce même Capitole américain, nous célébrerons la démocratie avec la prestation de serment de Joe Biden et de Kamala Harris, qui feront tout ce qui est en leur pouvoir pour redonner de la dignité à la présidence et pour unifier la nation.


John Costa, président de l’Amalgamated Transit Union
(transports en commun)

Aujourd’hui est un jour sombre et dévastateur dans l’histoire de notre pays. Ce qui était censé être une procédure de routine selon la Constitution et certifier l’élection démocratiquement décidée s’est transformé en un violent siège du Capitole américain et des fondements de notre démocratie. Bien que notre nation ait été fondée sur la liberté d’expression et le droit d’avoir une voix, ce n’était pas un exercice de ces droits. Nous condamnons les actions de ceux qui ont choisis la violence et le règne de la foule. Nous ne tolérerons pas cette attaque odieuse et sans précédent contre nos principes démocratiques.


R. Stephenson, président de Electrical Workers (électriciens)

L’attaque du Capitole américain par des extrémistes violents représente une attaque directe contre notre système démocratique. La responsabilité de cet horrible événement repose directement sur les épaules du président Trump et de ses complices au Congrès, qui ont délibérément diffusé des informations erronées sur la validité des élections de 2020, menacé notre système constitutionnel en ne tenant pas compte de la volonté des électeurs américains et favorisé un climat de violence qui a conduit à ce qui s’est passé aujourd’hui. Pendant trop longtemps, la rhétorique extrémiste de Trump, les attaques venimeuses et les théories de conspiration ont sapé la foi de l’Amérique dans la démocratie, divisé les Américains les uns contre les autres et empoisonné le débat politique dans ce pays. Il est clair qu’un jour de plus de Trump en fonction représente une menace directe pour la santé de notre république et nous exigeons sa démission immédiate. Si Trump ne démissionne pas, nous demandons au vice-président Mike Pence et aux membres du cabinet d’invoquer le 25e amendement pour le démettre de ses fonctions. Nous condamnons également les efforts de certains législateurs républicains pour renverser la volonté du peuple américain en refusant de certifier les résultats du Collège électoral. Cela représente une tentative sans précédent de vouloir invalider une élection démocratique. Tout membre du Congrès qui tente de contrecarrer la volonté du peuple américain telle qu’elle s’est exprimée lors d’une élection présidentielle tenue démocratiquement n’a pas sa place dans la maison du peuple.


 International Federation of Professional and Technical Engineers (Fédération internationale des ingénieurs professionnels et techniques)

L’IFPTE condamne catégoriquement l’acte violent d’insurrection du président Trump et de ses milliers de partisans. La responsabilité incombe clairement au président Trump lui-même, et à ses soutiens au Congrès, qui ont instigué et encouragé les actions séditieuses d’aujourd’hui. Les personnes qui ont pris d’assaut et pris le contrôle de notre Capitole historique ont détruit des biens, ont pris possession de bureaux et se sont emparées des chambres du Congrès lui-même, tandis que le personnel et les membres étaient escortés dans des zones sécurisées pour protéger leur vie.

L’IFPTE comprend en outre qu’une personne a été abattue et a tragiquement succombé à ses blessures. Ne vous y trompez pas, il s’agit d’une claire tentative de renverser une élection présidentielle. C’est l’aboutissement de nombreuses tentatives visant à saper notre démocratie et à empêcher notre président élu démocratiquement d’entrer en fonction le 20 janvier. Ces personnes ne sont pas des « manifestants », ce sont des terroristes nationaux et doivent être traitées comme tels aux yeux de la loi. Les États-Unis ne s’inclinent pas devant le terrorisme intérieur. L’IFPTE appelle le vice-président Pence à faire usage du 25e amendement et à demander la destitution immédiate du président Trump.


 Bonnie Castillo, représentante du syndicat National Nurses United (infirmières) 

Les infirmières sont d’accord avec la déclaration du président élu Biden selon laquelle « notre démocratie est soumise à des assauts sans précédent, comme nous n’en avons jamais vu à l’époque moderne » et avec le fait qu’il ait qualifié d’insurrection l’attaque violente contre le Capitole aujourd’hui. En tant qu’infirmières, nous sommes profondément troublées par les scènes de violence et les menaces qui pèsent sur nos dirigeants élus, les personnes dévouées qui travaillent au Capitole et toutes les autres personnes victimes de cette attaque inadmissible contre nos symboles les plus fondamentaux de la démocratie. Il s’agissait d’une tentative violente pour empêcher le Congrès de confirmer le choix du peuple pour la présidence et la vice-présidence. En tant que telle, c’est une attaque contre la démocratie elle-même, instiguée par le président des États-Unis. Les actions que nous avons vu se dérouler aujourd’hui sont le résultat inévitable de ce que le président Trump a inspiré et incité pendant des années, depuis l’encouragement des attaques contre les manifestants lors de ses rassemblements ou contre les fonctionnaires mettant en œuvre des mesures de sécurité en réponse à la pandémie, jusqu’à l’embrasement des suprémacistes blancs armés, en passant par la diabolisation constante, dans les termes les plus brutaux, de ses opposants politiques. Tout cela s’est aggravé dans les semaines précédant l’élection, et surtout après le vote de novembre, lorsque le président a dénoncé la légitimité d’une élection démocratique, a promu des théories de conspiration farfelues et a exhorté ses partisans armés à agir pour « sauver ce pays ». Le président a encouragé la sédition. Personne n’est au-dessus de la loi. Il est responsable des scènes que nous avons vues aujourd’hui au Capitole et il devrait être tenu pour responsable. Nous devons, en tant que nation, nous rassembler pour commencer à guérir, pour nous recentrer avant tout sur la maîtrise de cette terrible pandémie, et sur la capacité à respecter les différences politiques et à reconstruire une démocratie qui a été tant mise en danger.


United Steelworkers (métallos) 

Le président Donald Trump a passé les quatre dernières années à attiser les flammes de la division, à alimenter un flux constant de désinformation délibérée en direction de sa base et à attaquer ouvertement les principes fondamentaux de la démocratie américaine. Il s’est concentré sur son propre intérêt et non sur la préservation de notre nation ou sur ses devoirs constitutionnels en tant que président. Hier, sa rhétorique incendiaire a finalement atteint son point culminant lorsqu’un groupe de ses partisans malavisés a pris d’assaut le Capitole américain, mettant ainsi en danger la vie des dirigeants et des travailleurs du gouvernement. Tragiquement, quatre personnes sont aujourd’hui mortes à la suite de cette attaque antipatriotique, et l’Amérique est laissée à elle-même pour ramasser les morceaux dans le sillage d’un terrorisme intérieur qu’il a encouragé. L’USW est écœuré par cet épisode et ce président, mais nous sommes déterminés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger notre république et assurer la transition pacifique du président élu Joe Biden et de la vice-présidente élue Kamala Harris à la Maison Blanche le 20 janvier. En tant que mouvement syndical libre et indépendant, nous ne pouvons jamais rester les bras croisés et regarder un démagogue démolir nos institutions et nos droits en tant qu’Américains. La nation n’est pas le terrain de jeu privé de Donald Trump. Le peuple s’est exprimé, comme il le fait tous les quatre ans, et il est temps d’aller de l’avant pour reconstruire notre pays sur une base solide d’égalité, de justice et de paix.


Le président Charlie Flemming et la secrétaire-trésorière Yvonne Brooks (AFSCME), AFL-CIO de l’Etat de Georgie

L’AFL-CIO de Géorgie, la plus grande fédération des travailleurs de Géorgie, condamne sans réserve les tentatives d’une inacceptable insurrection contre les bâtiments du Capitole de Géorgie et des États-Unis. Hier était censé être un jour de célébration et d’allégresse alors que les Américains de tout le pays se réveillaient à la nouvelle que le révérend Raphael Warnock et Jon Ossoff était pratiquement sûrs de remporter leur historique second tour des élections sénatoriales. À midi, nous avons assisté avec horreur à la réaction du président Donald Trump, qui venait de répandre des mois de mensonges sur l’élection présidentielle, et qui a déclenché et encouragé une insurrection qui a assiégé le centre même de notre démocratie. Et ici, en Géorgie, nous avons assisté à ce que l’un des jours les plus brillants de l’histoire de notre État se transforme en catastrophe lorsqu’une foule armée de milices suprémacistes blanches favorables au Trump a envahi le Capitole de notre État, entraînant l’évacuation de Brad Raffensberger [secrétaire d’État de l’État de Géorgie] et des membres de son personnel. Ce n’est pas ce que le mouvement syndical américain veut et nous ne le voulons pas. Le président Trump a abusé de sa fonction et représente un danger clair et toujours présent pour les citoyens américains. Nous demandons au Congrès de tenir pour responsables toutes les personnes impliquées dans cette attaque inadmissible, du département de police d’Atlanta à la police du Capitole, en passant par les dirigeants républicains du Congrès.

VISA remercie Patrick Le Tréhondat pour la traduction de ces textes.

https://www.visa-isa.org/fr/node/146000

 

 

Par Pierrick Tillet

Autant vous dire tout net : la prochaine présidentielle américaine ne me concerne pas. Pour une bonne raison : je ne suis pas électeur américain. Mais les drôles de choses qui sont en train de s’y passer interpellent l’observateur étonné que je suis.

 

Jeudi 9 juin, Bernie Sanders, l’adversaire “socialiste” de la “démocrate” Hillary Clinton, était reçu officiellement par le président Barack Obama. C’est entendu, Bernie Sanders a perdu les primaires démocrates contre sa rivale. Entendu aussi, il a promis au président en exercice de « travailler avec Clinton pour battre Trump ». Mais des choses demeurent bien opaques, après cet entretien, sur les suites à venir. Bernie Sanders assortit sa proposition d’aide d’un sacré préalable :

- « Je suis impatient de la rencontrer prochainement pour voir comment nous pouvons travailler ensemble afin de vaincre Donald Trump et créer un gouvernement qui nous représente tous. »
- Pire encore, Bernie Sanders maintient envers et contre tout sa candidature pour les dernières primaires qui auront lieu le 14 juin.
- Barack Obama, chose peu commune pour ce bavard intarissable, n’a pas jugé utile de commenter sa rencontre avec Bernie Sanders, faute sans doute de pouvoir annoncer ce qu’il souhaitait par-dessus tout : un ralliement inconditionnel de Sanders à la candidature Clinton.
- Au contraire, l’actuel président américain a immédiatement et précipitamment annoncé, dans la foulée, son soutien à son ex-malheureuse rivale, avec à la clé un grand meeting de campagne commun mercredi prochain dans le Wisconsin.

On voudrait faire plus clivant qu’on ne s’y prendrait pas mieux. Certaines mauvaises langues hasardent même que Sanders pourrait maintenir une candidature indépendante face à Clinton, fort de sondages qui le donneraient vainqueur devant les deux challengers officiels en cas de triangulaire. Nous n’en sommes pas là et nous nous garderons bien de toute anticipation hasardeuse sur un scrutin qui, encore une fois, ne nous concerne pas directement, n’en déplaise à nos médias américanolâtres.

La seule chose qui semble assurée, c’est qu’il pourrait bien y avoir comme un vilain caillou dans la godasse trop bien huilée de la “démocratie” américaine.

yetiblog.org

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