macron israel

Lundi, l’Élysée faisait savoir qu’Emmanuel Macron se rendait en Israël pour parler « pause humanitaire », processus de paix et même « arrêt de la colonisation ». Mais ce mardi 24 octobre, les mots du Président, aux côtés de Netanyahou, ne sont pas à la hauteur des attentes.

Où est la France ? 
La France qui a une vision du monde à faire valoir.  
La France qui défend la justice, condition de la paix.
La France qui a l’égalité à cœur.

Incontestablement, la parole présidentielle n’a ni consistance, ni boussole. C’est avec la plus grande timidité et un retard coupable qu’Emmanuel Macron se rend à Tel Aviv pour demander une « pause humanitaire » et la relance d’un processus politique de paix. À peine Macron a-t-il prononcé les mots « arrêt de la colonisation » que l’Élysée s’agitait auprès des journalistes pour mettre la pédale sur le frein. Sur place, changement de pied, le Président suggère la réactivation de « la coalition contre Daech », ouvrant la voie à une intervention militaire française à Gaza. De l’inconstance à la dangerosité extrême, il n’y a qu’un pas. Il vient d’être franchi, même si une nouvelle fois l’Élysée « tempère » les propos.

 

Le voyage de Yaël Braun-Pivet, qui ferait mieux d’écouter la voix de Jean-Louis Bourlanges plutôt que celle des « faucons » de la majorité, a signé l’état du désastre intellectuel et moral de la Macronie. Le pouvoir s’aligne sur les États-Unis, là où la France a longtemps su garder sa précieuse autonomie. C’est notamment avec Meyer Habib, un député bien connu pour ses discours haineux et allié infaillible du gouvernement de Netanyahou, que la présidente de l’Assemblée nationale a choisi de se prendre en photo à son départ. Son soutien « inconditionnel » à Israël, son mépris pour les civils palestiniens et son déni de l’histoire du conflit au Proche-Orient ne disent rien d’autre que la déroute du pouvoir en place. Alors que 66% des Israéliens exigent aujourd’hui la démission de Netanyahou, cette prise de position qui tranche avec l’histoire diplomatique de notre pays nous isole dans le concert des peuples.  

Il n’y a qu’en France que le débat public a pris une telle tournure. En France où, rappelons-le, un ancien président de la République élu par le peuple de gauche, François Hollande, n’a pas tenu sa promesse électorale de reconnaître l’État palestinien comme l’ont fait de nombreux pays. Il n’y a qu’en France qu’il fut si compliqué d’obtenir le droit de manifester pour exprimer son soutien au peuple palestinien massacré, et si difficile de faire entendre son engagement pour le cessez-le-feu immédiat et un processus de paix. Il n’y a qu’en France qu’il ne semble pas si évident qu’un mort palestinien vaut un mort israélien, et réciproquement.

La responsabilité n’en incombe pas seulement à ceux et celles qui dirigent notre pays. Chacun, chacune doit balayer devant sa porte. 

Et j’enrage que nous n’ayons pas pu construire un front plus large et plus puissant pour faire entendre la voix de la paix. Celle capable d’exprimer toute son empathie pour les 1300 victimes israéliennes du 7 octobre et pour les plus de 5000 morts palestiniens que l’on compte maintenant à Gaza. Celle qui restitue la séquence actuelle dans son histoire, lucide sur le terrible désastre de la colonisation par Israël, les violences et humiliations quotidiennes subies par les Palestiniens et la prison à ciel ouvert qu’est Gaza. Celle qui soutient à la fois les Israéliens qui combattent la politique de Netanyahou et la résistance civile palestinienne. Celle qui dénonce avec force les méthodes terroristes du mouvement islamiste Hamas et la réplique inacceptable du gouvernement israélien qui s’enfonce dans les crimes de guerres. Celle qui refuse la lecture du choc des civilisations tout en saisissant combien la résistance palestinienne est chaque jour davantage accaparée par des théories et des pratiques qui s’opposent à l’émancipation humaine. Celle qui exige le cessez-le-feu immédiat, une égale dignité pour les Palestiniens et les Israéliens, une solution politique et diplomatique fondée sur la justice et le respect des résolutions de l’ONU.

La France, dans son histoire, a su porter sur la scène internationale ce message d’espoir. Elle était écoutée. Elle est aujourd’hui méprisée. C’est aussi dramatique que consternant. 

A lire dans la revue Regards, en cliquant ICI.

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